values : "Le gouvernement a pris un risque important"
Vous savez comme moi que ce projet de taxe sur les plus-values vise à calmer l'aile gauche du gouvernement. Mais je doute de son efficacité. Car la seule chose qu'on ne peut pas prévoir en bourse c'est la performance à venir. Il est dès lors impossible d'évaluer les plus-values que les investisseurs vont engendrer pendant l'année et donc pour l'État de prévoir les recettes de la taxe dans son budget. De plus, cette loi est très complexe à appliquer, notamment à cause de son côté rétroactif.
Mais la Belgique n'était-elle pas le dernier pays de l'OCDE à introduire une taxe sur les plus-values ?
Cette remarque est pertinente si on l'intègre dans une réflexion plus globale sur toute une série d'autres taxes comme la TOB (taxe sur les opérations de bourse, NdlR), les droits de succession, la taxe sur les comptes-titres. Si on veut faire des comparaisons internationales, il faut tout comparer.
Dans le contexte actuel où les gens sont dans la rue à cause de la perte de leur pouvoir d'achat, n'est-il pas inévitable de plus taxer les riches ?
Je crois que personne dans le secteur financier ne s'opposera au fait de mettre en place une fiscalité qui sera plus lisible, plus durable et plus rentable pour l'État. Le précompte mobilier a été majoré, en quelques années, de 10 % à 30 %. Avez-vous vu des manifestations d'épargnants dans la rue avec des panneaux appelant une mise à mort du gouvernement ? Non ! Les épargnants ne sont pas opposés à certaines mesures à partir du moment où elles sont acceptables et transparentes. Mais, la Belgique est en train d'ajouter des couches et des couches en perdant tout à fait la cohérence globale du dispositif fiscal. Il y aurait par exemple moyen de rendre beaucoup plus efficace la TOB, actuellement plafonnée, en la remplaçant par une taxe sur les transactions financières à taux unique et à plafond élevé qui toucherait aussi les investisseurs institutionnels, à l'instar de qui est fait dans d'autres pays comme la France et l'Italie.
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Pourquoi ne le dites-vous pas au monde politique ?
Le milieu politique me répond que ce n'est pas assez vendeur pour l'électorat de gauche du gouvernement. C'est beaucoup plus simple d'expliquer qu'on a taxé les plus-values.
Qu'attendez-vous de ces recours ?
Dans un monde idéal, il faudrait supprimer la taxe sur les plus-values et la compenser par des mesures qui rapporteraient beaucoup plus et seraient beaucoup plus prévisibles.
N'est-ce pas illusoire d'espérer une suppression ?
Non, je ne pense pas. Nous avons des hommes et des femmes politiques de qualité dans ce pays.
Vous prônez des mesures alternatives qui touchent à certains produits chéris des Belges comme le livret d'épargne. Ce n'est pas très populaire…
Avec la taxe sur les plus-values et la manière dont elle est mise en place, le gouvernement belge a pris un risque plus important en termes d'attractivité de notre pays à l'étranger et de motivation des entrepreneurs. Bon sang, la Bourse de Bruxelles est en train de se vider progressivement ! Il faut tout mettre en place pour donner naissance à une nouvelle génération d'entrepreneurs. C'est comme ça qu'on va créer de la richesse. Plutôt que de taxer davantage la tarte, il faut augmenter sa taille.
Alors quand on me dit que la seule manière d'assurer la croissance économique de notre pays, c'est de ne pas toucher aux carnets de dépôt auprès des banques, cela me laisse un peu rêveur.
Vous vous attaquez à un tabou…
Je ne crois pas. Vous vous souvenez que la tranche d'intérêts exonérée de précompte mobilier a été divisée par deux. Elle était d'environ 1 800 euros, il y a quelques années. Je suis persuadé que cette réduction de l'avantage fiscal n'a rien changé au niveau des dépôts. Ce que les gens regardent, ce sont les taux.
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Et que pensez-vous de la taxe de 0,30 % sur les comptes-titres ?
Depuis qu'elle a été mise en place en 2021, le montant des recettes diminue simplement parce que son taux est beaucoup trop élevé. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Je connais des investisseurs qui ont quitté le pays avec leur patrimoine. Ce sont autant de recettes fiscales qui disparaissent. Il ne faudra pas trois ans pour que le rendement de la taxe sur les comptes-titres à 0,30 % ne retombe au même niveau que quand elle était qu'à 0,15 %.
Confirmez-vous qu'il y a de plus en plus de capitaux qui se délocalisent ?
Je peux vous dire qu'un certain nombre de grandes fortunes ont quitté le pays au moment de l'entrée en vigueur de taxe sur les comptes-titres. Dans le même ordre d'idée, certains résidents français ont entamé le trajet de retour. Et c'est dommageable pour notre économie. Je reste persuadé qu'il y a un moyen de faire contribuer ce qu'on appelle - je déteste cette expression - les épaules les plus larges. Mais il faut le faire avec raison et avec des taux qui sont acceptables. Entre 1991 et 2010, il y a eu une certaine stabilité fiscale. Depuis, il y a eu sept à huit expérimentations fiscales. Les investisseurs ont besoin de stabilité.