Unis : 'Les démocrates ont retourné la stratégie de Donald Trump contre lui'
Depuis le retour tonitruant de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025, l’opposition démocrate semblait bien en peine à se faire entendre, en minorité tant dans les rangs de la Chambre des Représentants que dans ceux du Sénat.
À l’approche des midterms, les élections de mi-mandat, le parti semble néanmoins retrouver des couleurs. Selon les derniers sondages de CNN, les démocrates de la Chambre des représentants semblent flirter avec l’une des plus importantes victoires au vote populaire depuis des décennies. Au Sénat aussi, une majorité semble désormais possible alors qu’elle semblait encore inatteignable il y a quelques mois.
Après le retrait tardif de Joe Biden lors de l’élection présidentielle de 2024 et la défaite de sa remplaçante Kamala Harris face à Donald Trump, le parti démocrate a peiné à resserrer les rangs. À l’exception de quelques figures locales comme le gouverneur de Californie - Gavin Newsom, qui a tenu tête à l’administration Trump lors des troubles qui ont secoué Los Angeles pendant l’été 2025 -, l’opposition démocrate semblait amorphe, inaudible, à la recherche d’un nouveau leadership.
Ce problème de leadership n’est pas nouveau pour ce parti marqué par des visions parfois fort différentes entre son aile droite plus conservatrice et son aile gauche, le mouvement Démocrate-socialiste (DSA), incarnée par des figures comme le maire de New York, Zohran Mamdani.
Le fait qu’Obama ne soit pas candidat, c’est l’un de ses grands atouts.
Pour pallier ce manque de consensus, le parti a pu à nouveau compter sur le retour de Barack Obama. Ces dernières semaines, on a vu l’ancien président se représenter sur le devant de la scène de meetings dans l'Ohio, le Michigan ou encore en Géorgie pour soutenir les candidats démocrates et multiplier les attaques à l’encontre de l’administration Trump.
"Pour le moment, il n’y a pas de véritable chef du côté démocrate que l’on pourrait promener d’un État à l’autre et les tensions dans le parti sont importantes parce qu’on sait que dès que les midterms seront terminés, on va se concentrer sur l’élection présidentielle et qu’il va falloir choisir un candidat", analyse Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB et spécialiste des États-Unis. "Le fait qu’Obama ne soit pas candidat, c’est l’un de ses grands atouts car il continue d’être une personne qui fédère les démocrates. C’est donc à lui que revient, finalement, le rôle d’aller renforcer les candidats un peu partout à la manière finalement de ce que fait Donald Trump."
En parallèle du retour des anciennes gloires, certaines nouvelles figures démocrates émergent également. Parmi elles, Jon Ossof et Abdul El-Sayed qui briguent un siège de sénateur respectivement en Géorgie et dans le Michigan.
Tous deux en pleine ascension, ces candidats reflètent bien les ailes différentes du parti démocrate. Le premier, qualifié de "modéré" par les médias américains, a bâti sa campagne sur la lutte contre la corruption. Le second, qui appartient à l’aile gauche du parti, a fait de la protection des services publics et de la lutte contre la vie chère ses chevaux de bataille. Et ce dernier n’a pas hésité à critiquer ouvertement la direction des démocrates actuelle.
"L’aile gauche du parti démocrate est en pleine progression aujourd’hui, avec un discours qui séduit de plus en plus d’électeurs – notamment des jeunes - qui consiste à dire que l’on ne veut pas un retour à la situation d’avant Trump", constate Serge Jaumain. "La stratégie actuelle des élites du parti démocrate, c’est d’essayer de s’unir derrière tous les candidats, y compris ceux de gauche lorsqu’ils ont été choisis pour représenter le Parti démocrate, afin de conserver un maximum de sièges."
Cette "union sacrée" temporaire dans le camp démocrate risque par contre d’être mise à l’épreuve après les midterms, lorsqu’il faudra déterminer une direction et un candidat pour représenter le parti lors des prochaines élections présidentielles de 2028. "Il sera très intéressant de voir le poids que réussissent à avoir les socialistes dans les élections midterms parce que cela pourrait avoir un impact sur le choix du prochain candidat pour la présidence", observe Serge Jaumain.
En dépit de ces différentes visions, un point commun parmi ces candidats démocrates : retourner la stratégie de Donald Trump contre lui-même.
Le président n’a eu de cesse de présenter ces élections midterms comme des élections pour lui-même. "C’est comme si mon nom se trouvait sur le bulletin de vote", a-t-il déclaré lors de ses meetings. Face à la baisse de popularité du président, les candidats démocrates l’ont pris au mot en présentant ces élections comme un référendum sur la politique de Trump.
"On pourrait faire une sorte de comparaison avec un sport comme le judo où l’idée c’est toujours d’utiliser la force de l’adversaire pour le vaincre", analyse Serge Jaumain. "Il est vrai que les élections midterms sont souvent en défaveur du président en exercice car les électeurs se rendent compte qu’il n’a pas pu tenir toutes ses promesses. Mais cette fois, Donald Trump a vraiment personnalisé très fortement l’élection, plus que jamais. Il a fait par exemple une convention républicaine, ce que l’on ne fait jamais pendant les midterms, seulement au moment de l’élection présidentielle. Je pense que les démocrates ont donc réagi à cette situation, et finalement ont profité du discours de Donald Trump."