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la bataille invisible pour les ressources marines

Science

Pourquoi affirmez-vous que les océans changent déjà notre quotidien ?

En fait, ils le changent déjà tous les jours. Quand vous achetez un yaourt, un dentifrice ou de la charcuterie, ces produits contiennent souvent des conservateurs issus d’algues marines. Près de 30 % du pétrole consommé dans le monde provient de la mer. Une partie importante du gaz aussi. Le sable utilisé pour fabriquer du ciment est extrait en partie des océans. De plus en plus de médicaments sont développés à partir de ressources génétiques marines. Nos modes de consommation s’hybrident. Ce que nous consommons ne vient plus seulement de la terre, mais aussi de la mer.

Sommes-nous en train de vivre le scénario imaginé par Jules Verne dans Vingt mille lieues sous les mers ?

Oui, dans une certaine mesure. Le capitaine Nemo vivait dans la mer et de la mer. Tout ce dont il avait besoin provenait des océans : pour se nourrir, s’habiller, se déplacer ou produire son énergie. Progressivement, ce mode de vie devient une réalité. Nous utilisons des ressources marines pour nous alimenter, nous soigner, produire de l’électricité ou construire des bâtiments. Ce que Jules Verne n’avait pas anticipé, ce sont les rivalités entre États, entreprises et puissances qui accompagnent cette quête de nouvelles ressources.

Pourquoi parlez-vous d’une nouvelle révolution industrielle ?

Des chercheurs parlent désormais d’industrialisation des océans. C’est un mot nouveau. Il traduit un changement historique dans notre relation à la mer. Grâce aux satellites, aux capteurs, aux drones sous-marins et aux biotechnologies, nous pouvons explorer et exploiter des ressources toujours plus loin, toujours plus profond et toujours plus efficacement. Cette industrialisation est fascinante parce qu’elle peut produire de nouveaux médicaments ou des énergies renouvelables. Mais elle est aussi inquiétante lorsqu’il s’agit d’extraire des métaux au fond des mers.

Pourquoi cette révolution se déroule-t-elle dans une relative indifférence ?

Parce qu’elle est largement invisible. Pourtant, des États, des multinationales, des fonds d’investissement et des industriels se positionnent déjà pour sécuriser les ressources, les technologies et les brevets liés aux océans. Nous connaissons Elon Musk ou Mark Zuckerberg. En revanche, personne ne connaît les grandes entreprises qui façonnent déjà les océans de demain. Le partage du monde maritime est en cours. Lorsque le grand public en prendra pleinement conscience, une partie de la partie sera déjà jouée.

Après trois ans d’enquête, regardez-vous cette évolution avec optimisme ou inquiétude ?

Je dirais plutôt avec inquiétude. Ce qui me frappe, c’est à quel point l’argent est devenu une fin en soi. Nous regardons la mer avant tout à travers son potentiel économique et les ressources qu’elle permet d’exploiter. Je trouve cela réducteur. Dans d’autres cultures, la mer n’est pas seulement une richesse matérielle. Elle possède aussi une dimension spirituelle, culturelle et communautaire. Nous gagnerions à enrichir notre vision des océans avec celle de peuples qui entretiennent un rapport beaucoup plus profond et plus respectueux avec cet univers.

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