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Thierry Luthers a fait de sa passion des tombes un spectacle : "Je suis allé voir la tombe de Johnny Hallyday sur l'île de Saint

Divertissement

À partir de quand êtes-vous devenu "taphophile", qui désigne la passion des tombes ? C'est leur architecture qui vous a attiré ?

"Pas spécialement car je ne suis pas spécialiste de l'art funéraire. À la base, je suis licencié en Histoire, c'est un début d'explication, et ce qui me passionne surtout, c'est le côté "jeu de piste" car retrouver une tombe lorsque c'est compliqué, cela a un côté jouissif. Et moi je suis très pointu dans mes recherches. Je ne cherche pas… ce que tout le monde connaît déjà, je m'intéresse même aux tombes… d'acteurs ou de personnages de troisième zone. Ainsi, j'avais vu récemment "Des lumières et des ombres", avec Jean Dujardin qui joue le rôle de Jean Luchaire, un journaliste collaborateur fusillé en 1946. Et bien j'ai retrouvé sa tombe, à Montparnasse. Pas facile, d'autant que sur cette tombe, son nom n'apparaissait plus."

Est-ce qu'il y a une association des taphophiles ?

"Non, mais il y a beaucoup de passionnés. Une des références du genre, c'est Bertrand Beyern, qui est sociétaire des Grosses Têtes, qui se décrit comme un "nécrosophe". Il est… le meilleur guide du Père Lachaise à Paris. Car c'est un bizness, le Père Lachaise, c'est le cimetière le plus visité du monde. Beyern, par son humour et sa faconde, fait des circuits thématiques qui vont bien au-delà des "classiques" de l'endroit comme les tombes d'Edith Piaf ou de Jim Morrisson. Il fait visiter aussi Montmartre ou Montparnasse, car à Paris, il y a du choix. Encore que, comme je dis toujours, il n'y a pas plus de cimetières à Paris qu'à Liège !"

Si vous deviez être guide de cimetière, ce serait lequel ?

"J'ai une tendresse particulière pour Montparnasse mais, pour être plus chauvin, je trouve qu'on sous-estime notre cimetière de Robermont à Liège. Récemment, j'ai fait partie d'un jury chargé de désigner le plus beau cimetière wallon, avec un autre spécialiste, Xavier Deflorenne, qui lui est "monsieur Cimetière" à la Région wallonne. Il y tente de préserver un patrimoine que certaines communes négligent. On a trouvé un consensus sur Mons, qui a un très beau cimetière mais Robermont, très boisé, a, à mes yeux, un charme incroyable."

Vous vous intéressez plus aux tombes qu'aux cimetières en fait…

"Oui, et en particulier, les tombes de gens connus, même si parfois connus surtout par moi (rires) ! Et je fais des voyages dans le monde entier pour ça, surtout depuis que je suis pensionné. J'ai fait un voyage extraordinaire : je suis allé voir la tombe de Johnny Hallyday sur l'île de Saint-Barthélemy dans les Antilles françaises – je l'ai trouvée un peu kitch d'ailleurs ! Puis je suis allé voir celle de Bob Marley à Nine Mile, là où il est né, en Jamaïque. De là, j'ai été à New York, dans le Bronx. Là-bas, j'étais tout seul dans le froid sur un site de 80 hectares ! J'ai eu un petit coup de blues (rires) mais qui a été vite surmonté puisque j'y ai trouvé le "jazz corner" avec les tombes côte à côte de Miles Davis, Lionel Hampton et Duke Ellington. Puis je suis allé à Washington voir la tombe de JF Kennedy… sous la neige."

Vous avez une liste de voyages du même genre à faire ?

"Oui, mais il y a quand même une tombe que je ne verrai sans doute jamais, et à regret, c'est celle de Jacques Brel. Les Marquises, c'est vraiment très très loin. Dire qu'il y a Gauguin dans le même minuscule cimetière ! Sinon, rien qu'en France, il y a beaucoup de tombes à voir. J'ai fait le Sud de la France déjà, la Normandie, la Savoie aussi où, quitte à passer pour un dingue, j'ai trouvé la tombe de Jean Duraton, l'acteur qui prend sa douche avec de Funès dans "La Grande Vadrouille". Il y avait des savates de catcheur sur sa tombe, car c'était le sport qu'il pratiquait."

Il ne faut donc pas toujours courir au bout du monde…

"Non, et pour citer un décès récent, une tombe à voir, c'est celle de Frank Michaël. Elle est au cimetière de la Bergerie à Seraing. Et donc il a une statue le représentant et on lui a ajouté une écharpe. De quoi le faire entrer dans le petit cercle des tombes à statue comme celles de Dalida ou Claude François. À noter que pour Claude François, cette statue est un cadeau du fanclub de Belgique pour les 10 ans de sa mort ! Il y a aussi juste à côté un buste de sa maman. C'est dans un tout petit cimetière, à Dannemois dans l'Essonne."

Parlons du spectacle, "La mort et mio", que vous venez de créer au festival "Vous Rire" à Liège… Jeu de mots donc !

"Oui, c'est Bruno Coppens qui l'a trouvé. Bruno, qui m'a aidé à passer de la conférence à un spectacle mis en scène et plus visuel. Il y a beaucoup de projections par exemple, et autre valeur ajoutée, la présence d'un musicien, Christophe Cerri, le pianiste d'Adamo qui a une fonction compliquée : gérer la musique live et la bande-son avec gags et jingle. Georges Piron, le régisseur, doit lui "caler" les 120 projections. Malgré le thème des tombes, je voulais que ça soit léger et teinté d'humour. Il y a eu des rires à la première, je suis content. J'espère le jouer le plus possible, d'autant que je l'ai produit moi-même. Et que le sujet est original…"

Passer de la simple conférence à un spectacle mis en scène, ça a été une sensation agréable ?

"Par particulièrement, car j'ai l'habitude. J'ai fait du théâtre étant jeune, j'ai même eu un petit rôle, gamin, dans un film : "Du bout des lèvres", de Jean-Marie Degesves en 1976, avec Marie Dubois. Et puis j'ai tourné 25 ans un spectacle musical "Thierry chante et raconte Johnny". Donc j'étais déjà dans le "mood". Le spectacle "Johnnny", je le met en pause pour l'instant mais l'an prochain, pour les 10 ans du décès de Johnny, je referai quelques dates avec un groupe."

Préparez-vous un nouveau livre ?

"J'aimerais refaire un "Dictionnaire des sportifs belges" (et mentionner leurs tombes) car le dernier date de… 1972, par Théo Mathy. Mais c'est tellement de boulot ! Et puis être publié et bien diffusé, ce n'est pas facile au départ de la Belgique."

La crémation, de plus en plus pratiquée, ça tue un peu ton créneau, si j'ose dire…

"Oui, en Belgique, 67 % des gens se font crématiser. Et de plus en plus de stars n'ont pas de… tombe, tels Michel Piccoli, Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Bacri. Je trouve ça dommage, car je trouve qu'un artiste se doit à son public même post-mortem. Je crois que la tombe d'Elvis Presley, que je n'ai pas visitée, à Graceland, est un des endroits les plus touristiques des Etats-Unis. C'est donc dommage pour ses fans que Johnny soit enterré si loin. Dommage aussi qu'aux USA, certains espaces funéraires soient privés, genre Michaël Jackson, et inaccessibles."

Une star devrait donc penser que sa tombe aura un intérêt touristique pour son village ou sa région…

"Oui, Eddy Mitchell a déjà retenu sa tombe, en face de celle d'Eddie Barclay à Saint-Tropez, où il y a Brigitte Bardot à présent. Il y a le cas de figure rare d'Alain Delon, enterré dans sa propriété privée à Douchy, via autorisation préfectorale. Mais il est inscrit que la tombe doit être visible "par la famille et les amis de longue date". Leur idée donc, à la famille, serait d'aménager la propriété pour l'ouvrir au grand public."

Dernière question… Où voulez-vous être enterré ?

"Touchons du bois, j'ai 67 ans, je suis en bonne santé mais comme disait De Gaule, "un jour ou l'autre je ne manquerai pas de mourir". J'aimerais être enterré dans la partie boisée, centrale et historique du cimetière de Robermont. Entre le saxophoniste Bobby Jaspar et… Maurice Dufrasne, second président du Standard de Liège et dont le stade porte le nom. Il ny' a plus qu'à trouver un caveau disponible…" (rires)

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