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TeddyBear : "Je ne voulais surtout pas être vu comme le garçon gentil. Alors je me suis fabriqué un personnage badass et rebelle"

Divertissement

"J'y ai encore bossé jusqu'à trois heures du mat' cette nuit", explique l'auteur de "Chaussures Roses". "C'est mon refuge, ma salle de jeu. J'ai commencé à jouer de la batterie à l'âge de deux ans", précise-t-il en nous montrant une vidéo de lui gamin. "Mes premières prises de chant, mes premières répètes avec mes potes avant d'aller jouer dans les bars de Mons, et plein d'autres trucs encore… J'ai tout fait ici."

Une affaire de famille

Chez les Scinta, la musique est une affaire de famille. Un oncle trompettiste, vénéré comme un Dieu dans la communauté italienne du Hainaut. Des cousins musiciens. Des repas qui terminent toujours en chansons. Et bien sûr, un père qui a parcouru le monde aux côtés de l'auteur de "Tombe la neige". Jules désigne un vieux tabouret posé dans un coin du studio. "Mon trône ! Gamin, je m'y installais pour regarder papa préparer ses concerts. J'ai très vite su que j'allais suivre ses pas." Pourtant, lorsqu'il décide d'en faire son métier, son père tente de le dissuader. "Il m'a dit que j'étais fou. Que c'était un métier de merde. Mais, très vite, il m'a encouragé et conseillé."

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Santo joue sur l'album. Quant à l'émouvante ballade "Bravo mon fils", elle documente autant la complicité qui unit TeddyBear à ses parents que la pudeur des gens discrets. "Dans ce morceau, je m'adresse autant à mon père qu'à ma mère. Je sais ce que je leur dois. Leur sourire bienveillant m'a toujours fait un bien fou. Je le voyais comme une forme de validation. Par contre, je n'ai jamais été à l'aise avec les compliments. Alors, aujourd'hui avec tous les messages que je reçois des gens, je ne te raconte pas ! Tout ça me fait plaisir mais ça peut être aussi déstabilisant. Un être humain n'est pas fait pour entendre toutes les deux secondes qu'il est incroyable".

La famille est encore au cœur de "Tout va bien", chanson inspirée des discussions avec son grand-père mineur, ainsi que du poignant "Enfin bon", où il revient sur la séparation récente de ses parents. "Le 4 novembre 2025, je répétais pour le concert que j'allais donner le lendemain à l'Olympia, à Paris, en première partie de Puggy. Mon père est venu me voir. Il m'a dit : 'c'est fini avec ta mère'. J'étais complètement déboussolé. Dans le déni total. Pour moi, leur histoire qui durait depuis 32 ans, incarnait le modèle de l'amour. Je ne pleure jamais, mais j'ai senti les larmes monter. Ces larmes, je les ai transformées en mots. 'Enfin bon' a été écrite d'une traite…"

"Le gentil gros"

Nous quittons le home studio de Jurbise pour rejoindre par des routes sinueuses l'école secondaire des Ursulines, à Mons. Jules y a passé six années de sa vie. Pas un seul élève en vue : c'est jour de conférence pédagogique. Il sonne, se présente au parlophone et la grille s'ouvre. TeddyBear, l'ours en peluche, a beau nous lancer des vannes et faire le malin, on sent l'émotion. Les arbres, les bâtiments, le "chemin des nonnes du Blanc-Caillou" qu'il empruntait "pour faire le mur", le bosquet des "premières amourettes" et des cigarettes grillées, la cour de récré, la salle où il était collé en retenue "pour des pantalons troués et des trucs pas bien méchants"… Les souvenirs ressurgissent instantanément.

"À la question 'Que veux-tu faire plus tard ?', je répondais toujours : 'batteur'. Rien ne m'intéressait à l'école. Mon truc, c'était observer les gens. Pendant que la prof parlait de Victor Hugo, je regardais par la fenêtre. Je voyais un élève passer et je lui inventais une nouvelle vie. Tout compte fait, j'ai appris des tas de choses grâce à Victor Hugo."

Professeurs, surveillants, ancienne et nouvelle directrice… Tout le corps enseignant des Ursulines vient saluer la jeune star. Un selfie, un compliment, une anecdote. Toutes et tous sont contents de ce qui lui arrive. Quel élève était-il ? "Les débuts ont été difficiles, reconnaît madame Mortier, sa prof de langues. C'était un vrai défi pédagogique. Jules était clairement l'élève qui était là parce qu'il y était obligé. Il ne voulait pas s'investir. Mais, au moins, il était gentil et il avait un objectif : la musique. Et moi, je ne pouvais pas beaucoup l'aider".

Son ancienne directrice vient à sa rencontre, l'embrasse et le félicite. "Quand j'ai entendu tes premières chansons à la radio, j'étais sincèrement heureuse pour toi. Tes textes sont émouvants. Ils te ressemblent. Tout le monde le dit."

"Ce premier album est le résultat de vingt-quatre années de la vie d'un mec qui a du mal à son époque", explique TeddyBear. "C'est l'histoire de quelqu'un à qui on essaye d'apprendre à quitter l'enfance alors qu'il n'en a aucune envie. Je suis un éternel enfant." Dans "Chaussures roses", il chante d'ailleurs "Je suis celui d'hier et de la semaine passée".

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Son apprentissage aux Ursulines a aussi été marqué par le rejet et les brimades "gentilles mais blessantes quand même". Difficile de ne pas y voir les racines de son écriture, à la fois frontale et sensible. Entre tendresse et autodérision, "Mons et Merveilles" raconte ainsi comment Jules s'est forgé une carapace durant l'adolescence. "Le plus beau" s'arrête, pour sa part, sur son surnom aux Ursulines : "le gentil gros". "Le mot 'gros' ? C'est jamais dingue à entendre quand tu es ado. Mais j'aimais encore moins le terme 'gentil'. Je ne voulais surtout pas être vu comme le garçon gentil. Alors je me suis fabriqué un personnage badass et rebelle. Je faisais de la muscu, le clown et surtout le con."

Des monstres et des potes

Plus tard, lorsqu'il part étudier le néerlandais en internat à Hasselt, d'autres démons apparaissent : crises d'angoisse, insomnies, doutes… À nouveau, Jules trouve refuge dans l'écriture. "Pour trouver le sommeil, je notais tout ce qui me faisait peur. Je noircissais des feuilles entières. Ça me fatiguait l'esprit et je finissais par m'endormir." Ces carnets deviendront la matière première des "Monstres", l'un des morceaux les plus marquants de l'album. Sont-ils toujours là aujourd'hui ? "Oui, je ne vais pas mentir. Mais d'une manière acceptable. Je crois qu'ils font partie de moi".

À sa demande, la dernière étape de notre périple hennuyer nous mène au bar Quartier Latin, institution montoise située Marché aux Herbes. Papa Santo boit un café en terrasse. Les propriétaires le saluent comme un petit frère, les copains et les copines prennent l'apéro. La deuxième maison de TeddyBear. C'est ici qu'il a donné ses premiers concerts. "Des soirées faites à l'arrache. Je débarquais avec un ami guitariste, ma batterie, un laptop et un micro. On passait des reprises de titres connus et on jouait dessus."

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Plus que chez Eddy de Pretto ("Je l'ai rencontré et il ne comprend pas non plus"), c'est ailleurs qu'il faut chercher les influences de TeddyBear : chez Stromae, dans les rues de Mons, les arrangements de cordes d'Adamo et dans le parler vrai de Brel. "Dans ses chansons, Brel dit ce qu'il pense. Et il le pense tellement fort, que personne ne peut le juger. Quand j'ai compris ça, je n'ai plus eu peur qu'on se moque de moi. Car tout ce que je raconte est vrai. Mon plus grand hobby, c'est parler aux gens. M'asseoir à une terrasse comme on le fait maintenant, écouter, observer." Cette sincérité désarmante explique sans doute pourquoi tant de jeunes se reconnaissent dans ses chansons. Tous ses concerts prévus en 2027 en Belgique affichent complet. Une pression supplémentaire ? "Tu rigoles ? J'ai attendu ça toute ma vie. Tout ça, je le fais pour aller jouer devant des gens. Et gueuler comme je n'ai jamais gueulé."

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