Mois sans tabac : le marché des substituts nicotiniques passé au crible
Le recours aux substituts nicotiniques a bondi ces dernières années : entre 2019 et fin 2024, les volumes vendus de traitements d’aide au sevrage ont augmenté de 57,7 %, selon les données de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
Et la dynamique se poursuit. Entre 2025 et 2026, les ventes ont encore progressé de + 7,6 %, en volume, et + 7,4 % en valeur (cumul annuel mobile juillet 2026).
Une croissance durable soutenue par le remboursement de cette catégorie (à hauteur de 65 %) depuis le 1er janvier 2019 et des politiques de santé publiques incitatives (opération « Moi(s) sans tabac » qui fête sa 11e édition en novembre 2026, dispositif d’aide à l’arrêt Tabac info service, augmentation régulière du prix du paquet de cigarette, etc.). La lutte contre le tabagisme induit un changement de comportement d’après le baromètre de Santé publique France de décembre 2025 : en 2024, parmi les 18-75 ans (en France hexagonale), 25 % déclaraient fumer (contre 32 % en 2021), 18 % quotidiennement (contre 2 5 % en 2021).
Chiffre d’affaires et volumes du marché
+ 7,4 % en valeur (208,20 M€)
La progression du marché est soutenue par le remboursement partiel des substituts nicotiniques. En suspens, la prescription du pharmacien est regardée comme un levier de croissance additionnelle.
+ 7,6 % en volume (13,6 millions d’unités)
L’association des deux formes de traitement – patchs et formes orales –, qui augmente les chances de succès du sevrage, pousse les deux catégories de produits.
Un marché porteur toute l’année
« Compte tenu de la prévalence du tabagisme en France, estimé à 25 % par l’agence Santé publique France, la dynamique du marché n’est pas près de ralentir », pronostique Sarah Benmarnia, responsable marketing au sein des laboratoires Pierre Fabre. « C’est un marché qui n’affiche pas de véritable pic de saisonnalité. Il reste dynamique tout au long l’année avec une prise de parole forte en novembre, dans le cadre du mois sans tabac », précise notre interlocutrice.
Le duo oral-patch fait recette
Les substituts sous forme orale (gommes, pastilles, comprimés et sprays) constituent la première forme vendue du marché avec 61,6 % de parts de marché (PDM) en valeur et continuent de progresser : + 11,5 % en valeur, quand les ventes de patchs transdermiques prennent 38,1 % de PDM, en valeur et augmentent de 3,1 %, en valeur. Cette tendance s’explique par l’association fréquente des deux formes galéniques, conformément aux recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS). Les traitements médicamenteux restent marginaux (Zyban ou Champix, réintroduits sur le marché en juin 2025 après avoir été reformulés).
Des leaders indétrônables
Les acteurs clés du secteur conservent leur position : Pierre Fabre, avec 47,6 % de PDM et + 6,3 % en valeur, qui s’appuie sur un solide réseau de visite médicale, reste leader sur la catégorie des patchs (dont environ 80 % des ventes sont réalisées sur ordonnance), tandis que Kenvue France, qui affiche 35,1 % de PDM et + 6,7 % en valeur, domine le segment des formes orales (autant vendues sur prescription qu’en OTC).
La force de l’offre orale Nicorette : « La variété des galéniques, dosages, goûts et boîtes », rappelle Carole Clément, responsable marketing et category management chez Kenvue France. Exit l’inhaleur (en 2025), probablement supplanté par la cigarette électronique.
Pour sa part, le laboratoire Cooper qui assure, depuis décembre 2025, la distribution et l’activation en pharmacie de Nicotinell, troisième marque en PDM et propriété de Dr Reddy’s Laboratories, met les bouchées doubles pour accélérer son développement : « Pour les pharmaciens et les équipes officinales, nous avons développé des outils de formation destinés à les accompagner dans le conseil et la prise en charge des patients souhaitant arrêter de fumer. Nous avons également mis en place des outils de visibilité en point de vente : supports de mise en avant sur les linéaires, affichage en vitrine et campagnes de merchandising afin de renforcer la visibilité de la marque et de faciliter l’identification de l’offre par les consommateurs. Dès la première année, nous avons déployé une campagne média combinant TV et digital », détaille Apolline Sicard, chef de produits Nicotinell.
Quant à la marque Niquitin (Perrigo), elle décroche franchement avec seulement 1,2 % de PDM (en valeur) et surtout une chute de 24,8 %, en valeur, et se situe à la dernière place du peloton.
Le pharmacien bientôt prescripteur ?
Alors que la prescription médicale tire le marché (64,7 % de PDM, + 10,7 %, en valeur) et que nombre de professionnels de santé (médecins, infirmiers, dentistes, kinésithérapeutes, sages-femmes) sont habilités à prescrire des substituts nicotiniques, le pharmacien ne dispose toujours pas de ce droit. Où en est-on ? « Pour l’instant, au point mort, déplore Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). Le projet d’expérimentation de la prescription par les pharmaciens, initialement prévu dans trois régions pilotes, n’a toujours pas été lancé. Plusieurs modalités restent à définir, notamment l’enveloppe budgétaire et la rémunération des pharmaciens. » Or tout en permettant d’améliorer l’accès aux traitements, « cette possibilité pourrait constituer un relais de croissance supplémentaire », rappelle Sarah Benmarnia, responsable marketing au sein des laboratoires Pierre Fabre. À suivre de près.