L'intelligence artificielle ou la tentation du trop
Un gain d'efficacité évident, à première vue. Mais ce gain de temps se traduit-il aussi par une réduction de notre consommation ?
Plus facile d'acheter plus souvent
Les nouvelles technologies ne se contentent pas de rendre les activités existantes plus efficaces, elles peuvent aussi nous inciter à en faire davantage.
Prenons les achats en ligne. Puisqu'il suffit de quelques clics pour commander un produit, il devient plus facile d'acheter plus souvent.
Il en va de même pour les contenus numériques. Plus les vidéos, la musique et les autres contenus sont facilement accessibles, plus nous sommes susceptibles d'en consommer. La technologie facilite leur utilisation, mais peut ainsi contribuer à accroître la consommation globale.
Avec une réelle valeur ajoutée ?
Ce même mécanisme peut se manifester avec l'IA. Une entreprise qui faisait auparavant concevoir une seule image publicitaire peut désormais en générer vingt variantes en quelques minutes. Un collaborateur qui prenait le temps de peaufiner un texte peut demander à l'IA de lui proposer cinq versions supplémentaires. Et celui qui prépare une présentation en un temps record peut profiter du temps gagné pour en créer une autre.
Cela n'est pas nécessairement problématique. Une variante supplémentaire peut permettre d'améliorer une campagne, une analyse complémentaire peut conduire à de meilleures décisions ou l'IA peut rendre possibles des tâches pour lesquelles le temps manquait auparavant.
Mais il arrive aussi que nous produisions davantage sans que cette production supplémentaire apporte une réelle valeur ajoutée. Or, chaque utilisation de l'IA mobilise des ressources, notamment de l'énergie et de la puissance de calcul.
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S'interroger sur les conséquences pour notre consommation
Pour les entreprises qui adoptent l'IA, la leçon est importante. Les bénéfices d'une technologie ne devraient pas être évalués uniquement en fonction du temps gagné ou du volume de travail accompli. Il faut aussi s'interroger sur les conséquences de ces gains pour notre consommation.
C'est pourquoi l'efficacité ne suffit pas. Nous devons également nous intéresser à la suffisance, autrement dit la juste mesure. L'efficacité consiste à obtenir le même résultat en mobilisant moins de ressources. La suffisance pose une autre question : de quoi avons-nous réellement besoin ? Faut-il générer vingt visuels publicitaires lorsque trois propositions pertinentes suffisent ? Faut-il demander dix réécritures d'un texte lorsque la première version répond déjà aux attentes ? Autrement dit, à quel moment en avons-nous assez ?
Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille moins recourir à l'IA dans tous les cas. Cette technologie peut aussi favoriser une consommation plus durable. Pensons aux applications qui facilitent la réparation des produits plutôt que leur remplacement, contribuent à prolonger leur durée de vie ou permettent de prévenir le gaspillage alimentaire. Dans ces situations, l'IA peut non seulement faire gagner du temps, mais aussi contribuer à économiser des ressources et de l'énergie.
Le défi pour les entreprises et les décideurs politiques consiste donc à regarder au-delà des seuls gains d'efficacité. Quelles applications génèrent une réelle valeur ajoutée pour la société ? Et dans quels cas le progrès technologique entraîne-t-il surtout une hausse de la production et de la consommation ?
L'IA nous offre toujours plus de possibilités. Mais pouvoir faire plus ne signifie pas nécessairement progresser. Dans un monde où presque tout peut être produit plus rapidement et plus facilement, une question devient essentielle. Nous ne devons plus seulement nous demander ce que nous pouvons faire de plus, mais aussi ce dont nous pouvons nous passer.