Les partis arabes triomphent aux élections en Israël : "Ils ont compris que la seule solution, c'est de jouer le jeu de la démocratie"
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La Liste unifiée a d'ores et déjà annoncé ne pas vouloir participer directement à un gouvernement sioniste. La Liste arabe unie, emmenée par Mansour Abbas, se dit ouverte à une nouvelle participation au sein de l'exécutif israélien.
Entre 2021 et 2022, Ra'am a découvert l'exercice, en rejoignant l'attelage dirigé dans un premier temps par Naftali Bennett, et dans un second temps par Yair Lapid. "Dans l'histoire politique de l'état d'Israël, c'est la seule fois où un parti arabe a intégré une majorité gouvernementale, rappelle François Dubuisson, professeur à l'ULB et directeur adjoint du Centre de droit international. Ce gouvernement avait déjà été formé sur le rejet de la personne de Benjamin Netanyahou, mais la seule présence de Ra'am a suffi à le faire tomber un an plus tard".
Exclure Netanyahou du pouvoir
De son côté, Elena Aoun, professeure à l'UCLouvain et spécialiste du Moyen-Orient, ne cache pas son étonnement. "Je constate l'ampleur du soutien à la coalition de Benjamin Netanyahou, et plus particulièrement à son parti, le Likoud, malgré la récente confirmation que le Premier ministre israélien était au courant de l'imminence de ce qu'il s'est passé le 7 octobre 2023".
Les deux chercheurs estiment de concert que cette volonté d'exclure Benjamin Netanyahou de la vie politique israélienne, aussi pour qu'une commission d'enquête sur les circonstances de l'attaque terroriste du Hamas puisse être menée, a permis cette forte mobilisation de l'électorat arabe. Avec une réussite : la possibilité pour les partis arabes de bloquer toute reconduction de la majorité sortante alliant la droite et l'extrême droite.
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En Israël, les citoyens arabes représentent environ 20 % de la population. Avec 19 députés sur 120, les partis arabes glanent plus de 15 % des sièges de la Knesset. "On parle énormément - et à raison - de ce que subissent les Palestiniens à Gaza. Mais on évoque moins ce que subissent les citoyens palestiniens d'Israël à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, alors qu'ils souffrent énormément, et encore plus depuis le 7 octobre. Cette communauté a conscience que son existence est en jeu", reprend Elena Aoun.
Un système politique défavorable aux partis arabes
"Il y a eu une forte mobilisation de la population arabe pour aller voter, alors que traditionnellement il y a une certaine tendance au boycott des élections, relève François Dubuisson. Les citoyens israéliens d'origine palestinienne considèrent que de toute manière, leur vote n'aura aucune incidence sur le système politique israélien, qu'ils estiment discriminatoire". Le chercheur pointe l'exclusion quasi-systématique des partis arabes par le comité électoral de la Knesset, qui les oblige à déposer des recours devant la Cour suprême pour pouvoir participer aux scrutins.
"Cette fois-ci, le leadership des communautés arabes a vraiment essayé de se fédérer, et d'être assez stratégique dans la manière d'aborder les élections, complète Elena Aoun. Ils ont compris que la seule solution, c'est de tenter, autant que faire se peut, de jouer le jeu de la démocratie. Si Israël entend rester une démocratie, elle ne peut nier cette percée des listes arabes, en les maintenant à la périphérie de la vie politique israélienne".
Avec cette difficulté en prévision pour les semaines à venir : hormis le parti démocrate de Yair Golan, toutes les formations politiques ont exclu de s'associer à la Liste arabe unie et à la Liste unifiée.