les consultations prises d’assaut
En général, les effets des nouveaux traitements contre l’obésité sont perceptibles dès les premières semaines. Les effets de leur remboursement, eux, se sont fait sentir immédiatement. Les délais d’attente pour consulter un spécialiste habilité à les prescrire ont explosé. « Dans les CSO (centres spécialisés de l’obésité, ndlr), on a vu 24 000 personnes l’année dernière. Sur le premier mois suivant le remboursement, il y a eu 11 483 demandes, dont 64 % étaient dans les clous. Le délai d’attente, qui était de trois à six mois, est passé à neuf mois en moyenne. Certains CSO annoncent même 18 mois de délai », explique le Dr Didier Gouet, président du Collège des diabétologues et endocrinologues des hôpitaux généraux (Codehg).
L’effet d’appel est indéniable : « À partir du moment où il y a un médicament remboursé, des patients qui, peut-être, n’avaient pas souhaité être traités, ou qui avaient perdu espoir, vont être à nouveau demandeurs d’une prise en charge », analyse le Dr Blandine Gatta-Cherifi, responsable du CSO de Bordeaux et secrétaire générale de la Société française d’endocrinologie. La seule alternative jusqu’à présent était la chirurgie bariatrique, une méthode invasive mais à l’efficacité éprouvée.
Remboursable sous conditions
Deux spécialités se partagent le marché : Mounjaro (tirzépatide) de l’américain Eli Lilly, et Wegovy (sémaglutide) du danois Novo Nordisk, cousin de l’Ozempic du même laboratoire utilisé dans le traitement du diabète de type 2. Leur mode d’action est similaire : en imitant une hormone naturelle produite par l’intestin après le repas, ils stimulent la production d’insuline par le pancréas, ralentissent la digestion et réduisent la sensation de faim. On parle parfois d’analogues du GLP-1, la fameuse hormone. Le prix du traitement est conséquent : entre 130 et 430 euros par mois, en fonction de la spécialité et du dosage.
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Depuis le 15 juin dernier, ils peuvent être remboursés à hauteur de 65 % par l’Assurance maladie, le reste à charge étant alors susceptible d’être couvert par les mutuelles. Le remboursement n’est toutefois possible qu’en deuxième intention pour les adultes dont l’indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 40 kg/m², ou à 35 kg/m² avec comorbidité, et à condition qu’ils soient prescrits par un spécialiste de l’obésité : endocrinologues, médecins nutritionnistes ou chirurgiens bariatriques exerçant en CSO, en CHU ou en SMR (structure de soins médicaux et de réadaptation), ou les médecins ayant passé une convention avec les CSO.
« Ces médicaments s’intègrent dans un parcours de soins pour une maladie chronique. Ce n’est pas juste une prescription qui remplace tout le reste. Les règles de prescription précisent bien qu’elle ne doit intervenir qu’après mise en place d’une modification du mode de vie d’au moins trois mois, et nécessite un suivi médical », reprend Blandine Gatta-Cherifi. Selon l’Assurance maladie, environ 86 000 boîtes de Wegovy et de Mounjaro ont fait l’objet d’un remboursement entre le 15 juin et le 31 juillet.
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Des risques « avérés » en cas de mésusage
Comme tout médicament, les nouveaux traitements contre l’obésité n’ont rien d’anodin. Ils s’accompagnent souvent d’effets secondaires, à commencer par des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhée ou constipation, douleurs abdominales), une fatigue ou des vertiges, des risques d’atteinte hépatique ou rénale… Pour cette raison, la mise en place du traitement est toujours progressive. Sur plus de 840 000 patients traités entre février 2025 et janvier 2026 par un analogue du GLP-1, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a recensé 2 801 effets indésirables, dont 515 graves. Treize personnes sont décédées, mais la plupart des décès semblent liés à des comorbidités sévères ou d’autres pathologies. L’ANSM considère que le rapport bénéfice/risque reste favorable lorsque ces médicaments sont utilisés conformément à leurs indications - ce qui n’est pas toujours le cas : l’agence a relevé 36 cas d’effets indésirables liés à un mésusage, dont 17 graves parmi lesquels cinq pancréatites aiguës.
18% des adultes concernés
Mais les spécialistes habilités à prescrire ces médicaments sont-ils en nombre suffisant, alors que les CSO affichent parfois une année d’attente et que 18 % de la population adulte est concernée par l’obésité ? « Il faudrait que la première prescription soit ouverte de façon plus réaliste aux spécialistes qui prennent en charge ces patients. Si les restrictions de médecins prescripteurs ne changent pas, les délais ne vont pas se réduire, ou alors ça va prendre deux ou trois ans à se résorber. Les endocrinologues de ville et endocrinologues hospitaliers, c’est seulement mille personnes. Et pourquoi la prescription est possible dans les CHU et pas dans les centres hospitaliers généraux ? Ca n’a aucun sens », estime Didier Gouet.
Un marché parallèle difficile à cerner
L’enjeu est aussi d’éviter le développement d’un marché parallèle autour des aGLP-1, théoriquement disponibles sans remboursement avec une simple ordonnance. Alimenté par des influenceurs qui n’hésitent pas à les présenter comme des solutions miracles pour affiner sa silhouette, le phénomène existe depuis quelques années mais reste difficile à quantifier. Ce circuit officieux passe par des plateformes expédiant des médicaments depuis l’étranger, sans aucun suivi médical ni garantie sur l’origine des produits, ou des “téléconsultations” permettant d’obtenir des ordonnances valables dans toute l’UE. « Il y a toujours eu, même avant le remboursement, des tentatives de détournement ou de mésusage. Ce n’est un secret pour personne. C’est justement notre rôle de pharmacien d’être vigilants et de vérifier le bien-fondé de la prescription. Les règles de dispensation s’appliquent pour toute dispensation, qu’elle soit remboursée ou non », rappelle Jean-Marc Glémot, membre du conseil national de l’ordre des pharmaciens.