Leen Van den Neste (Vdk banque) : "Beaucoup de choses m'inquiètent"
Nous avons enregistré en 2025 une hausse de 12 % de nouveaux clients, dont un quart est francophone. L'encours augmente de 10 % pour atteindre 11 milliards d'euros. Ce n'est pas rien. En 100 ans, nous n'avons jamais encaissé une perte, même pendant la crise en 2008. Nous sommes une banque qui privilégie le contact avec les personnes. Nous avons encore 62 agences.
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Notre société a été créée par les syndicats et les mutuelles pour aider les ouvriers dans leurs parcours de vie. Nous avons comme but l'inclusion financière, auquel s'est ajoutée une vision de durabilité. Cela signifie que nous n'investissons pas directement dans les combustibles fossiles ou les armes. Bart De Wever (le Premier ministre N-VA, NdlR) nous avait d'ailleurs traités d'objecteurs de conscience.
Cela vous a-t-il dérangé ?
Pour nous, c'est un honneur ! Notre mission est de laisser à nos enfants une planète et une société en meilleur état demain qu'aujourd'hui. À nos yeux, les banques ne doivent pas gagner plus d'argent en investissant dans les armes. Mais ne dites pas qu'on estime qu'il ne faut pas se donner les moyens pour se défendre. C'est à l'État à le faire.
Vous parlez d'inclusion sociale, mais pourriez-vous accorder un prêt hypothécaire à un chômeur ?
Non ; il nous est interdit de prêter à quelqu'un qui n'a pas la capacité de remboursement nécessaire.
Le modèle classique de vdk banque est basé sur le financement de prêts hypothécaires par l'épargne du type carnet de dépôt. N'est-il pas un peu dépassé quand on voit le succès foudroyant d'une institution comme Revolut ?
Si le client a comme seul souci de payer facilement quand il voyage au bout du monde, il ne doit pas venir chez nous. En revanche, il sera accueilli personnellement s'il veut contracter un prêt hypothécaire. Je pense vraiment qu'il y a un type de banque pour tout le monde.
Je constate qu'en Wallonie et à Bruxelles, les gens sont plus sensibles à notre mission sociétale. Notre agence à Liège cartonne. À Bruxelles, nous allons peut-être ouvrir une troisième agence tellement celles au Sablon et à Schaerbeek ont du succès. Le fait que nos agences soient ouvertes sans rendez-vous, pour répondre aux petites et grandes questions, a un côté rassurant.
Vous avez lancé le bon de caisse le mieux rémunéré à un taux brut de 3,75 % sur deux ans. Avez-vous gagné beaucoup de nouveaux clients ?
Le montant visé de 30 millions a été souscrit en quelques jours. On va faire une deuxième émission dès qu'on peut. Le but est d'acquérir de nouveaux clients mais aussi d'élargir l'offre pour nos clients existants.
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Il se raconte qu'en raison de votre modèle classique, vous faites partie des banques les plus opposées à une réforme du livret d'épargne, y compris au niveau de sa fiscalité qui est très favorable pour les banques. C'est vrai ?
Environ 80 % de l'épargne sert à financer des crédits hypothécaires. Si on rend l'épargne plus chère, cela se répercutera sur les taux hypothécaires qui sont actuellement moins élevés en Belgique qu'en France ou aux Pays-Bas. Est-ce que c'est ça qu'on veut ?
Je ne suis pas opposée à une réforme pour autant qu'elle ne provoque pas un grand choc. La banque doit avoir un côté un peu monotone. Les impôts qu'on paie représentent environ 60 % de nos revenus. Si on supprime l'exonération du précompte mobilier sur les livrets d'épargne, il faut alors aussi annuler la taxe bancaire, qui est exclusivement imputée sur les dépôts. Ne dites pas que l'épargne n'est pas taxée en Belgique !
Le contexte actuel, marqué notamment par la hausse des taux d'intérêt, vous inquiète-t-il ?
Beaucoup de choses m'inquiètent, qui ne concernent pas forcément la hausse des taux. Je pense aux guerres, en l'Ukraine et au Moyen-Orient. Les dividendes de la paix engrangés après la deuxième guerre mondiale ont disparu. L'état de santé de l'économie en Europe, et particulièrement en France et en Allemagne, m'inquiète aussi.
Et l'IA vous inquiète-t-elle dans la mesure où elle augmente notamment les risques pour les banques, via les cyberattaques ou le phishing notamment ?
C'est vrai qu'elle peut être prise comme une menace. Mais on la gère. Pour moi, il faut s'interroger sur toute la chaîne qui est censée gérer ces menaces. Les banques le font. Mais les médias sociaux, les entreprises télécoms et d'autres encore le font-ils ? Je ne le pense pas.
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Que pensez-vous du récent arrêt de la Cour de Justice de l'Union européenne, qui oblige les banques à rembourser immédiatement les victimes de phishing même en cas de négligence grave ?
Il y a 10 ans, il fallait absolument rendre les opérations de paiement faciles et rapides à exécuter. On constate que les fraudeurs s'immiscent facilement dans ces transactions. Certaines mesures protectrices se mettent en place, comme les limites de montant pour les paiements ou un rallongement des délais d'exécution. On est en train de revenir en arrière sur certains choix. Et pendant ce temps, cela coûte des millions aux banques. Comme je le disais, on a besoin d'un cadre monotone. Il ne faut pas prendre trop de risques avec les banques.