le quotidien bouleversé de Virginie, malade du cœur, première cause de mortalité chez les femmes en France
Voilà sept ans que Virginie vit avec une maladie cardiaque rare et grave. Un quotidien chamboulé qui la conduit à revoir son quotidien. Chaque année elle est suivie au service cardiologie de l'hôpital Haut-Lévêque de Bordeaux, en Gironde. Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes en France.
"Le ménage me fatigue", avance Virginie Combes dès le début de sa consultation annuelle chez son cardiologue. Depuis sept ans, cette mère de famille souffre d'amylose, une pathologie rare et potentiellement mortelle dont les premiers signes ne concernent pas le cœur.
Un cœur fragile
"J'en souffre à la suite d'un myélome, un cancer du sang qui a poussé mon corps à fabriquer trop d'anticorps et qui ont empêché mon cœur de bien fonctionner", simplifie Virginie. Son cœur a été atteint, et depuis, il fatigue bien trop vite. "Je suis beaucoup plus vite essoufflée, je monte très vite dans le rouge par rapport à avant", confie-t-elle.
Désormais, elle a dû s'adapter, et son quotidien a été totalement chamboulé. Virginie travaille à mi-temps et elle a renoncé à ses loisirs. "Je ne cours plus, je marche. J'ai réessayé le vélo et je l'ai très mal vécu", se souvient-elle. Si elle n'a aucune contre-indication pour les activités sportives, difficile pour elle de les pratiquer, son cœur ne suit pas la cadence.
Je vois la vie différemment, je fais des choses que j'aurais surement pas faites si j'avais pas été malade, je profite !
Virginie Combes
Depuis sept ans elle est suivie tous les ans. Lors de sa consultation, son cœur est observé, minutieusement, grâce à une échographie. "Je regarde les cavités cardiaques, le muscle, les valves et la dilatation des vaisseaux", précise le docteur Melchior Jonveaux, cardiologue à l'hôpital Haut-Lévêque. Sous ses yeux, en temps réel, le cœur de Virginie bat, sans anomalie.
Le cœur des femmes
Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes en France. Les symptômes sont souvent méconnus notamment pour l'infarctus du myocarde. "Que l'on soit un homme ou une femme, la douleur dans la poitrine c'est le symptôme de l'infarctus du myocarde", rappelle le professeur Pierre Dos Santos, cardiologue et chef de service à l'hôpital Haut-Lévêque. À cela s'ajoutent une fatigue anormale, des nausées, des sensations de vomissements "qui peuvent égarer le diagnostic chez la femme", alerte le spécialiste.
Dans certains cas de figures le diagnostic peut être différent entre les hommes et les femmes.
Docteur Melchior Jonveaux
Cardiologue à l'hôpital Haut-Lévêque de Bordeaux
Pour les femmes, la prévention cardiovasculaire doit débuter dès les premiers signes de la ménopause, ou avant selon les antécédents médico-familiaux. "La grossesse est une longue période d'effort qui teste le cœur, c'est une épreuve pour le cœur des femmes qui peut révéler des problèmes", explique le professeur Pierre Dos Santos. "Les femmes qui ont eu des soucis pendant leur grossesse doivent être suivies précocement", ajoute-t-il. Le traitement hormonal des femmes doit aussi être considéré dans la prévention.
"Les pathologies cardiaques chez les femmes sont méconnues, peut-être qu'on ne leur en parle pas assez", avance le professeur Pierre Dos Santos. Souvent attribuées, à tort, aux hommes, les maladies cardiovasculaires touchent pourtant de nombreuses femmes. "Dans l'histoire, la recherche cardiovasculaire a surtout inclus les hommes dans ses études, donc le discours s'est surtout adressé aux hommes pendant des années", détaille le cardiologue.
Il y a un discours général dans la population qui dit que les maladies cardiovasculaires c'est pour les hommes, c'est faux !
Professeur Pierre Dos Santos
Cardiologue et chef de service à l'hôpital Haut-Lévêque de Bordeaux
Virginie Combes, elles, n'aurait jamais pensé souffrir d'une maladie cardiaque, encore moins à son âge. "Je n'aurais jamais imaginé être concernée, ça va beaucoup mieux grâce au traitement mais ça a changé ma vie", souffle-t-elle. "Les femmes sont très préoccupées par la santé de leurs proches, plus que par la leur, surtout quand il s'agit de santé cardiovasculaire car elles n'ont pas la notion d'être à risque", répond le professeur Dos Santos.