Le cancer de Carla Bruni, l'accident de Jamel Debbouze, le "suicide" de Soprano : Elisa Tovati déshabille des personnalités à travers leurs échecs
Durant seize mois, celle qui "était nulle à l'écrit. Je confonds chapeau et gâteaux", s'est muée en intervieweuse, en psychologique et en écrivaine pour un livre ("Merci pour le non "aux éditions du Rocher) dense, aux contours étonnants et aux révélations très personnelles.
Plongée dans les méandres des vies, dans les doutes, dans les freins qui ont aussi émaillé la vie de stars dont on perçoit rarement la face B moins paillettes.
Comment doit-on interpréter le titre "Merci pour le non "?
Ce n'est pas "merci au non ", mais plutôt merci pour ce que ce "non "a obligé à accomplir. Une porte fermée ou un refus est l'occasion de changer de perspective, de bifurquer et de transformer un rejet apparent en tremplin.
Outre les seize intervenants (8 femmes et 8 hommes), vous consacrez le dernier chapitre à votre propre expérience. Vous aussi avez été rejetée.
Dès la maternelle, j'ai dû porter un bandeau de pirate sur l'œil pour des raisons médicales. Plus tard, ma dyslexie, qui était très mal prise en charge à l'époque, m'a fait se sentir mise à l'écart, notamment lorsque des enseignants montraient mes copies remplies de rouge devant toute la classe.
Parleriez-vous de harcèlement ?
Plutôt de stigmatisation. C'est précisément cette difficulté majeure à l'écrit qui m'a poussé à me développer très tôt à l'oral (poésie, théâtre) pour briller et masquer son problème. On m'a refusé l'accès au cours de théâtre de mon collège sous prétexte qu'on ne prenait pas les "cancres ". Ce refus m'a conduite à m'inscrire directement au Cours Florent, ce qui a marqué le réel démarrage de sa carrière.
Vous avez effectué un vrai travail journalistique avec des interviews fouillées.
J'ai bossé seule durant 16 mois parfois jusqu'à 10 heures par jour. Et sans ghostwriter…
Avez-vous "ausculté" vos copines et copains ?
Pas du tout. Je connaissais deux personnes sur seize. J'ai donc été à la pêche aux numéros. Je me suis heurtée à une avalanche de refus parce que le rejet n'est pas un sujet que l'on aborde facilement. Or la réussite donne souvent l'illusion trompeuse que tout a été facile. Je voulais savoir comment elles et ils se sont construits avec leurs moments d'échecs et de rupture. S'il y a un second tome, certains qui ont dit "non "vont sans doute se raviser.
Allons plus loin sur votre rapport personnel au non. Avez-vous toujours su dire non dans votre vie perso ?
Oh que non ! J'ai longtemps eu du mal à s'affirmer. À 17 ans, on me surnommait même "la Geisha "parce que je disais toujours oui en faisant passer le bien-être des autres avant le mien. J'ai appris à valoriser mes "non ".
Y a-t-il un non-professionnel que vous avez regretté ?
J'ai décliné un rôle dans le film La vérité si je mens ! 1 pour pouvoir tourner dans Soleil aux côtés de Sophia Loren. Je réalisais un rêve d'enfant. Quand on voit le succès de La Vérité si je mens ; je pouvais avoir des regrets (NdlR : elle campera le personnage de Shoshona Boutboul dans le numéro 2).
Vous êtes vous déjà dit "Non, je ne vais pas y arriver "?
Tous les jours ! Les apparences sont trompeuses et on ne connaît jamais les doutes ou les douleurs dissimulés derrière le masque d'une personne.
Dites-vous non aux diktats de la beauté ?
Je ne refuse pas de vieillir mais je veux le faire de manière épanouie. Exerçant un métier d'image, je me dois de faire attention à son physique.
Et ce non synonyme du consentement ?
Il est capital d'apprendre aux jeunes filles à exprimer un "non "clair et à se faire entendre.
Aujourd'hui, le cinéma dit-il non à Elisa Tovati ?
Ce livre m'a pris 16 mois. Je m'y suis consacré à fond. Je cherche un agent après le décès du mien. Je vais bientôt reprendre les castings mais aussi la musique.
Avez-vous déjà dit non à la maternité pour préserver votre carrière ?
Jamais de chez jamais. Je n'ai pas oublié la montée des marches du NRJ Music Awards à Cannes alors que j'étais grosse comme une baleine. En 2012, Tom Dice et moi-même raflons les titres de "chanson francophone "et "duo francophone "de l'année (NdlR : en 2020, ils recevront même le Prix du titre le plus diffusé en radio de la décennie). Pendant ce temps-là, Shym était splendide dans une robe de créateur. J'ai toujours emmené mes enfants sur les tournages même à l'étranger. En marge de ce livre, j'en ai fait une chanson (NdlR : voir clip ci-dessous)
Doit-on rappeler qu'il faut dire non à l'antisémitisme ?