l'appel s'ouvre à Liège
Selon nos informations, la cour d’appel de Liège a été saisie des recours formés par le prévenu ainsi que par le ministère public à l’encontre du jugement prononcé le 20 août dernier par le tribunal de première instance de Namur. L’audience d’introduction se tiendra ce mardi 3 novembre dès 14 heures devant la 18e chambre correctionnelle de la cour d’appel de Liège, installée dans la salle des audiences solennelles au premier étage de l’ancien palais des Princes-Évêques. Si cette première séance ne porte pas sur le fond du dossier et visera uniquement à fixer le calendrier des débats, l’enjeu reste majeur. Pour rappel, Grégory Lenoci avait été condamné en première instance par le tribunal correctionnel de Namur à 17 ans de prison pour tentative d’assassinat avec préméditation.
Le prévenu avait invité à son domicile l’individu qu’il soupçonnait d’avoir commis des abus sexuels sur son beau-fils âgé de 6 ans, Marc P. sous prétexte d’obtenir des explications. Pour la justice, la préméditation a été formellement retenue, le Namurois ayant déclaré à plusieurs proches que l’homme « ne ressortirait pas vivant » de chez lui, tout en demandant à son entourage de vendre certaines de ses affaires et d’organiser sa fuite. Une agression d’une violence extrême dont les conséquences sont dramatiques puisque la victime se trouve désormais dans un état végétatif irréversible.
Un enjeu de taille
Aujourd’hui, l’enjeu en appel est colossal, d’autant que le ministère public a lui aussi interjeté appel de la décision prononcée en août. Au-delà du calendrier, c’est le dispositif de sécurité entourant cette audience qui retient l’attention. La justice entend en effet éviter tout débordement et tirer les enseignements du chaos survenu lors du jugement au tribunal correctionnel de Namur le 20 août dernier. Ce jour-là, une vive tension populaire avait éclaté dans une ambiance délétère où le terme « pédoland » avait été scandé, pendant que le prévenu, furieux, hurlait dans le box. Les images de ces scènes avaient fait le tour des réseaux sociaux et des médias, infligeant un véritable camouflet international à l’institution judiciaire. Le ministère public a d’ailleurs fermement réagi en annonçant des poursuites à l’encontre des individus ayant perturbé cette audience.
Cette fois, la cour d’appel de Liège prend ses précautions pour verrouiller la communication et le déroulement des débats. Aucune prise de vue ne sera autorisée dans la salle et toutes les éventuelles interviews devront se dérouler à l’extérieur du palais. Les journalistes et le public devront également anticiper un contrôle de sécurité renforcé à l’entrée du bâtiment. Ce retour devant les juges s’inscrit par ailleurs dans un contexte lourd, profondément modifié par les révélations de RTL Info. Nos informations ont en effet mis en lumière des éléments pesants sur le profil du prévenu, notamment un casier judiciaire particulièrement chargé, des écoutes téléphoniques révélant une violence marquée envers sa compagne, ainsi qu’un montage autour d’une fausse ASBL destinée à promouvoir une cagnotte en ligne dont les fonds ont aujourd’hui mystérieusement disparu des radars.
Un nouveau chapitre judiciaire qui s’ouvre
À ces zones d’ombre s’ajoute une stratégie de communication pour le moins singulière. Grégory Lenoci a pris comme conseiller en communication un ancien député fédéral. Si ce dernier a un temps été issu du Parti populaire, il s’en est très rapidement détaché pour ne plus s’inscrire dans l’extrême droite classique, affirmant aujourd’hui une démarche ouvertement populiste qui entend brasser très large. Totalement anti-système, adepte des théories du complot allant des chemtrails au mouvement anti-vax, ce personnage n’a pas hésité à déclarer sur ses réseaux sociaux que la justice et l’ensemble des niveaux de pouvoir étaient corrompus par des réseaux pédophiles.
C’est d’ailleurs ce conseiller qui a amené dans le dossier le nouvel avocat du prévenu, Maître Michel Degrève. Comme nous le révélions récemment sur RTL Info, bien que l’avocat ait initialement prétendu avoir pris ses distances avec ce politicien aux théories anti-système, ce dernier reste bien présent sur les réseaux sociaux et affirme être toujours en contact très étroit avec la famille de Grégory Lenoci.
Il sera dès lors particulièrement instructif de voir si la défense de Lenoci s’alignera ou entrera en contradiction avec la ligne et les théories conspirationnistes de celui qui se veut son principal porte-parole, la stratégie de défense s’annonçant en tout état de cause totalement différente pour ce second procès. C’est donc désormais un nouveau chapitre judiciaire qui s’ouvre, un chapitre qui devra faire toute la lumière sur les faits survenus et réexaminer de près la question de la préméditation.