La nouvelle poule aux œufs d'or de l'industrie musicale risque de faire des dégâts
C'est l'un des enseignements du rapport annuel Music in the Air. Les analystes y décrivent un secteur en pleine croissance, mais aussi les bouleversements, parfois inattendus, que promet l'IA.
50 millions de musiciens en herbe et des milliards à la clé
Plus besoin de maîtriser un instrument pour composer une chanson. Parfois quelques lignes de texte suffisent pour produire une mélodie, des arrangements et même une voix. Avec des plateformes comme Suno ou Udio, tout cela est devenu possible. Et ces outils pourraient devenir un marché lucratif.
Les grandes maisons de disques l'ont d'ailleurs bien compris. Warner Music, par exemple, a conclu des accords justement avec Suno et Udio pour encadrer l'utilisation de contenus musicaux protégés. Lors de la présentation des résultats trimestriels du groupe, son CEO Robert Kyncl a annoncé que ces accords devraient "contribuer de manière significative à la croissance de nos revenus du streaming par abonnement à partir de l'exercice 2027". Universal a fait de même en octobre 2025 en s'associant avec Udio.
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Et selon Goldman Sachs, ce n'est qu'un début. La banque estime que les services de création musicale par IA pourraient générer 3,3 milliards de dollars de revenus annuels supplémentaires pour les ayants droit en 2035. Comment arrive-t-elle à ce montant ? La banque imagine que certains amateurs de musique ne se contenteront plus d'écouter des chansons mais paieront également pour en créer avec l'IA.
Selon son scénario, environ 50 millions de personnes dépenseraient 11 dollars par mois pour ces outils d'ici 2035, soit 8 % des abonnés payants au streaming attendus dans les principaux pays développés. Et si la moitié de cette somme revient aux détenteurs de droits grâce aux accords de licence, les recettes atteindraient donc 3,3 milliards de dollars par an. L'équivalent de 10 % des revenus du streaming par abonnements prévus à cette date.
Mais les maisons de disques pourraient aussi y perdre. Grâce à l'IA, les artistes indépendants peuvent produire, mixer et finaliser leurs morceaux à moindre coût, et ce sans forcément passer par un label. De quoi leur permettre de conserver une plus grande part de leurs revenus et, à terme, de remettre en question une partie du rôle des maisons de disques.
Un avertissement malgré tout : il s'agit d'une projection, pas de recettes garanties. Et ces milliards ne proviendraient pas de l'écoute de chansons boostées à l'IA sur Spotify ou Deezer, mais de l'utilisation payante des outils de création. Une différence à souligner puisque la diffusion des morceaux générés par IA pose, par contre, un autre problème.
90 000 chansons IA par jour
Sur les plateformes de streaming, l'IA pourrait au contraire faire perdre de l'argent à certains musiciens. Spotify et ses concurrents redistribuent une partie de leurs recettes aux ayants droit selon le poids de leurs catalogues dans les écoutes. Pour simplifier, c'est une cagnotte à partager. Et si les chansons générées par IA captent plus d'écoutes rémunérées, elles peuvent réduire la part des morceaux créés par des humains.
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Cet été, Deezer a annoncé recevoir près de 90 000 morceaux entièrement générés par IA chaque jour. Lors des journées les plus chargées, cela représente plus de la moitié des nouveautés envoyées à la plateforme française.
À noter que tous les artistes ne seront pas touchés de la même manière, estime Goldman Sachs, les grandes stars comme Taylor Swift ou Beyoncé peuvent compter sur leur énorme fanbase. Mais d'autres pans de la musique, comme les sons d'ambiance et de relaxation, seraient par contre les plus menacés. Pourquoi ? Parce que généralement, lorsqu'une playlist tourne pendant trois heures pour travailler ou s'endormir, le nom de l'interprète passe souvent au second plan. Une brèche à prendre pour les "artistes IA", qui sont capables de produire ce type de morceaux en grande quantité.
Et le prix des abonnements dans tout ça ?
Au-delà de l'IA, Goldman Sachs semble malgré tout assez optimiste pour l'ensemble du secteur. Le marché mondial de la musique, concerts et édition compris, devrait atteindre 198,1 milliards de dollars en 2035, contre 112,5 milliards dix ans plus tôt.
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Et le streaming resterait l'un des moteurs de cette croissance. Le nombre d'abonnés payants pourrait passer de 837 millions à 1,5 milliard en dix ans, notamment grâce à certains "pays émergents" comme l'Inde, à la Chine, au Brésil et au Mexique. Ces derniers ont représenté 67 % des nouveaux abonnements payants en 2025, une proportion qui pourrait atteindre 75 % en 2035.
Enfin, les abonnements risquent de coûter plus cher. Goldman Sachs s'attend à des hausses de tarifs tous les 12 à 24 mois sur les grandes plateformes.
Et à en voir l'augmentation du prix de l'abonnement sur Spotify en Belgique, les prédictions semblent correctes. Après avoir augmenté ses prix en 2023, puis en 2025, la plateforme a remis le couvert en septembre dernier, à 13,99 euros pour un compte individuel (contre 11,99 euros l'année précédente). Et ce n'est probablement pas terminé. Selon la banque américaine, un abonné Premium rapportait en moyenne 14 fois plus qu'un utilisateur gratuit en 2025. De quoi donner aux plateformes quelques raisons de continuer à pousser leurs offres payantes.