Kenneth Bornauw évoque la crise à Anderlecht et son entraîneur : "On soutient Vitor Bruno, mais nous ne sommes pas d'accord avec tous ses choix"
"Si l'on s'en tient aux résultats, nous pouvons en attendre davantage, mais le bilan reste correct. Le staff obtient même des résultats relativement bons dans ce domaine. Comparé aux entraîneurs des dernières années, aucun n'a pris autant de points par match que Vitor (NdlR : 1,84 par rencontre, davantage que Kompany, par exemple, avec 1,67)."
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À Anderlecht, la direction croit encore en Vitor Bruno mais il n'a plus le droit à l'erreur.
"Je me demande aussi si nous sommes suffisamment solides mentalement. Et si nous n'avons pas fait preuve de trop de naïveté dans certains choix de composition. Lorsqu'on affronte l'Union, on sait à quelle intensité physique on va être confronté pendant les trente premières minutes. Faut-il alors lancer de jeunes joueurs dans l'équipe ? La même chose s'est produite à Gand, avec une nouvelle défaite à la clé. C'est, à mes yeux, l'un des points essentiels de mon analyse."
Qu'il a ensuite déroulé : "Deuxième constat : le manque d'efficacité dans les surfaces. Quand on voit notre capacité à transformer notre maîtrise du jeu en buts, ce n'est pas suffisant. Face à un bloc bas, c'est à nous de trouver des solutions."
"Troisièmement, il y a la stabilité. Elle a longtemps été présente, mais depuis la trêve internationale, je constate que les courbes des occasions créées et des occasions concédées se rapprochent. Ce n'est pas bon signe. Est-ce parce que certains joueurs ont manqué des séances tactiques en raison de leurs obligations internationales ? Ou parce que nous avons intégré d'autres joueurs ?"
"On l'oublie parfois, mais le directeur sportif (Antoine Sibierski) n'est là que depuis six mois. Le staff est en place depuis quatre mois. Certains joueurs, depuis deux mois seulement. Dans ce contexte, je vois un processus positif, avec l'intégration de jeunes et un football souvent dominant. Voilà pourquoi nous renouvelons notre confiance à l'entraîneur. Mais sommes-nous entièrement satisfaits ? Non."
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Comment Vitor Bruno accueille-t-il ces critiques ?
C'est le rôle d'Antoine Sibierski et le mien de faire des retours et de poser des questions. À certains moments, il faut parler sans prendre de gants. Ces dernières semaines, nous avons intensifié les discussions. Ce n'est pas parce que nous soutenons l'entraîneur que nous sommes toujours d'accord avec ses décisions.
On nous rapporte que Bruno écoute, mais qu'il tient très peu compte des remarques…
Vitor écoute ce que nous lui disons. Il est réceptif. Mais au final, c'est à lui de décider ce qu'il veut en faire. Mais si l'on ne saisit pas l'importance de ces discussions et que les résultats ne suivent pas, on se retrouve automatiquement dans une situation difficile. Vitor a toujours une explication rationnelle à avancer. Il ne prend pas ses décisions au hasard.
Comme quand il aligne Llansana comme numéro 10 d'entrée de jeu. Il y a une idée mais on doute de sa validité…
(Il sourit) Je n'ai pas eu cette discussion précise avec l'entraîneur. C'est plutôt du ressort d'Antoine. Mais je comprends ce que vous voulez dire.
Avez-vous fixé une sorte d'ultimatum à l'entraîneur, lui disant qu'il a trois matchs pour convaincre ?
J'ai vu cette information circuler dans certains médias, mais elle est fausse. Il n'y a pas de motion de défiance. Il y a de la pression, c'est vrai, mais notre intention est de sortir tous ensemble de cette situation. Avec Vitor Bruno, donc. Au sein du vestiaire, c'est la même chose. Cette semaine, j'ai discuté avec quelques joueurs. Pas pour parler de la situation de l'entraîneur, mais pour voir ensemble où nous pouvions progresser. Ils affirment tous que Vitor est l'un des meilleurs entraîneurs à avoir travaillé à Anderlecht ces dernières années.
Vous partagez leur avis ?
Vitor a de la passion, de bonnes intuitions et une éthique de travail irréprochable : ce sont des qualités indispensables pour un entraîneur. Mais, et ce n'est pas nécessairement un problème, il a aussi quelques aspérités.
Ses changements permanents entrent-ils dans cette dernière catégorie ?
Je pense que Vitor doit veiller à ne pas se compliquer la vie. Aujourd'hui, le noyau est large. Trop à nos yeux. Nous voulions un effectif plus restreint, mais cela n'a pas été possible cet été. Cela ne signifie pas que, parce que l'entraîneur dispose de 32 joueurs, il doit tous les utiliser. Il pourrait très bien dire : "Voici mes 25 joueurs." Si vous utilisez tout le monde, et qui plus est à des postes qui ne sont pas les leurs, vous vous retrouvez avec énormément de pièces de puzzle à assembler.
Vous plaidez donc pour une ossature plus fixe ?
Selon moi, il doit y avoir une certaine hiérarchie, avec 14 ou 15 joueurs qui constituent le cœur de l'équipe. Ces équilibres peuvent évoluer au fil de la saison, mais il faut de la stabilité, notamment pour les joueurs. (sèchement) On ne peut pas titulariser quelqu'un simplement parce qu'il a fait de son mieux à l'entraînement du mardi.
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Mais est-ce seulement possible avec cet effectif malgré un effectif dans lequel peu d'évidences se dégagent ?
Il y a suffisamment de joueurs qui possèdent ces qualités, oui. Les données montrent que nos défenseurs font partie des meilleurs de la Jupiler Pro League. Au milieu de terrain, les options ne manquent pas. Prenez Ambros : il a tout de même les qualités et le profil unique pour jouer chaque semaine, non ? Je ne dis pas qu'il doit absolument jouer, mais il en a le potentiel. Enfin, en attaque, nous avons Cvetkovic, Bentayeb et Sikan, des joueurs capables de marquer. Lors de ce mercato, nous avons renforcé chaque ligne, et avec succès, selon moi. Je pense que nous avons une meilleure équipe que la saison dernière.
Anderlecht avait terminé quatrième la saison dernière. Vous êtes aujourd'hui cinquièmes. Quel est l'objectif ?
L'ambition reste de terminer sur le podium. Cet objectif doit être à notre portée.
Bruno a déclaré ce week-end qu'il visait la quatrième place…
Sans doute parce que c'est une position qui donne accès à la Coupe d'Europe, ce qui est absolument nécessaire, notamment sur le plan financier. Comme nous n'avons pas disputé de compétition européenne la saison dernière, nous ne pourrons pas présenter des chiffres dans le vert dans nos comptes annuels. Je n'ai jamais parlé de titre mais le podium est une ambition réaliste.
Revenons aux choix du coach, le retour en grâce de Stroeykens et, dans une moindre mesure, de Bertaccini n'a visiblement pas plu au sein de la direction !
Dans le football, celui qui gagne a raison. Au final, Vitor a le droit d'utiliser n'importe quel joueur s'il estime que celui-ci peut apporter quelque chose à l'équipe. C'est ainsi que je vois les choses en tant que CEO. Mais j'ai aussi une opinion personnelle…
Quelle est-elle ?
L'entraîneur doit éviter de rendre le problème plus important qu'il ne l'est déjà. Lorsqu'on donne constamment leur chance aux joueurs, les choses deviennent encore plus compliquées.
Bruno aurait donc dû laisser Stroeykens de côté ?
Je ne vais pas me prononcer sur le cas de Mario ou sur un autre joueur.
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Avez-vous le moindre reproche envers Antoine Sibierski ?
Pas en ce qui me concerne.
On ne peut pas dire que les recrues aient toutes convaincu à 100 %…
Nous manquions de puissance offensive, surtout sur les ailes. Nous avons cherché des ailiers et nous les avons trouvés. Nous avons stabilisé notre milieu de terrain. La défense a bénéficié d'un apport de qualité. Nous avons recruté Bentayeb. Je pense que nous avons fait le nécessaire pour être performants à court terme.
La question du rôle de Marc Coucke se pose. Il est au club depuis neuf ans et Anderlecht ne retrouve pas son statut. N'a-t-il pas à un moment envie de jeter l'éponge ?
C'est à Marc qu'il faudrait poser la question. Il n'est pas du genre à se décourager facilement. Sinon, il serait parti depuis longtemps. Je viens encore de l'avoir au téléphone. Il veut que le club se porte bien, c'est évident.
De quoi parlez-vous quand vous êtes au téléphone avec lui ?
Des mêmes sujets que ceux que nous avons abordés ici. La constance, les meilleurs joueurs à leur meilleur poste, faire simple ("keep it simple") : ce genre de choses.
Si vous deviez malgré tout vous séparer de Bruno, considéreriez-vous cela comme un échec personnel ?
J'aime la stabilité. Mais lorsqu'il le faut, il faut aussi avoir le courage d'intervenir. Je ferai toujours ce qu'il y a de mieux pour le club. Encore une fois, ce n'est pas ainsi que nous envisageons la situation. J'espère que les supporters nous suivront également dans cette démarche. Qu'ils soutiendront l'équipe et l'entraîneur samedi contre Westerlo, mais aussi lors des matchs suivants.