en 2025, des astronomes l'ont baptisé astéroïde pendant 17 heures
Un objet est venu frôler la Terre à peine plus loin que la Lune, et les astronomes l’ont pris pour un astéroïde. L’erreur n’a duré que dix-sept heures. Derrière cette découverte éphémère se cachait en réalité un vestige bien connu de l’exploration spatiale, envoyé là-haut par une fusée américaine quelques années plus tôt.
Une découverte qui sentait l’astéroïde à plein nez
Le Minor Planet Center, organisme rattaché au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics et chargé de cataloguer les astéroïdes et comètes du système solaire, a annoncé l’identification d’un nouvel objet baptisé 2018 CN41. Rien d’anodin dans cette annonce : le corps céleste passait à moins de 240 000 kilomètres de notre planète, soit une distance inférieure à celle qui nous sépare de la Lune. De quoi le classer immédiatement dans la catégorie des géocroiseurs, ces objets dont la trajectoire mérite une surveillance particulière.
La découverte revient à un astronome amateur turc, H. A. Güler, qui a développé son propre logiciel pour explorer les archives publiques d’observations du Minor Planet Center. Son programme a repéré une liaison sur trois nuits consécutives dans ce qu’on appelle le fichier des tracklets isolés, c’est-à-dire des séries de détections qui n’avaient encore jamais été reliées entre elles pour former une orbite cohérente.
Sur le papier, tout semblait correspondre aux critères d’un astéroïde classique. Les paramètres orbitaux calculés indiquaient un demi-grand axe supérieur de 32,5 % à la distance Terre-Soleil, une excentricité de 0,256 et une période de révolution d’environ 1,53 an autour de notre étoile. Une trajectoire plausible, cohérente, qui n’a soulevé aucun doute immédiat chez les équipes chargées de valider la découverte.
Derrière 2018 CN41 se cache une Tesla rouge perdue dans l’espace
Moins de dix-sept heures après la publication de la circulaire MPEC 2025-A38, le Minor Planet Center a dû se raviser. Une note éditoriale est venue préciser que la désignation 2018 CN41 était supprimée et serait désormais listée comme omise dans la base de données officielle. Un revirement aussi rapide que rare pour un organisme habitué à la rigueur de ses classifications.
La raison de ce retrait tient en un nom qui fera sourire plus d’un passionné d’espace : l’orbite correspondait en réalité à l’objet artificiel référencé 2018-017A, autrement dit l’étage supérieur du lanceur Falcon Heavy, toujours accompagné de sa charge utile devenue légendaire, le Tesla Roadster d’Elon Musk.
Ce véhicule avait décollé du Kennedy Space Center en février 2018, lors du vol inaugural de la fusée Falcon Heavy développée par SpaceX. À son bord, un mannequin surnommé Starman occupait le siège conducteur, casque sur la tête, dans une mise en scène qui avait marqué les esprits à l’époque. Depuis, l’étage et sa voiture dérivent ensemble sur une orbite héliocentrique, invisibles la plupart du temps, mais pas totalement hors de portée des télescopes les plus sensibles.
Dix-sept heures d’erreur qui dévoilent les failles de la surveillance orbitale
Pour Matthew Payne, directeur du Minor Planet Center, cette affaire illustre une rare conjonction de facteurs défavorables. Plusieurs contrôles sont normalement censés détecter ce type d’objet artificiel avant toute publication officielle, et dans ce cas précis, ils ont tous échoué simultanément. Une faille qui, sans être anodine, rappelle que même les institutions les plus rigoureuses ne sont pas à l’abri d’un enchaînement malheureux.
L’astronome Jonathan McDowell, interrogé par Space.com, a tenu à relativiser l’incident. Selon lui, le cas de la Tesla n’a rien d’isolé : plusieurs sondes spatiales ont déjà été cataloguées par erreur comme de véritables astéroïdes par le passé, parmi lesquelles figurent Rosetta de l’Agence spatiale européenne et la mission BepiColombo, pourtant bien identifiées comme des engins fabriqués de la main de l’homme.
Ces confusions répétées posent une question de fond : à mesure que l’espace proche de la Terre se remplit de débris, d’étages de fusées et d’engins désaffectés, distinguer un vrai astéroïde d’un objet artificiel devient un exercice de plus en plus délicat. Les logiciels de détection, aussi performants soient-ils, doivent composer avec un ciel de plus en plus encombré par nos propres technologies.
Au final, cette mésaventure cosmique a surtout le mérite de rappeler une réalité simple. L’espace que nous observons n’est plus seulement peuplé de corps célestes naturels. Il porte aussi la trace de nos ambitions terrestres, et parfois, un bout de carrosserie rouge envoyé en orbite par pure fantaisie suffit à semer le doute chez les meilleurs spécialistes.