En 2007, un fonctionnaire marseillais consulte pour une faiblesse à la jambe : les médecins ont découvert que son cerveau présentait un cas extrême de plasticité
En juillet 2007, le neurologue Lionel Feuillet, à l’hôpital de la Timone de Marseille, a mis au jour un cas extrême de plasticité cérébrale. Un fonctionnaire de 44 ans consultait pour une simple faiblesse à la jambe gauche. Les scanners ont montré un crâne presque entièrement envahi par du fluide céphalorachidien, ne laissant qu’une mince couche de matière neuronale contre la paroi. Ce constat remettait en cause l’idée qu’un volume d’encéphale normal est indispensable à la vie quotidienne.
Un scanner qui a stupéfié les neurologues de Marseille
À 44 ans, cet homme menait une vie ordinaire. Il travaillait dans la fonction publique, élevait ses deux enfants et gérait son quotidien sans difficulté. Son seul motif de consultation restait cette faiblesse persistante à la jambe gauche, alors que le reste de sa santé ne présentait aucune anomalie.
Les résultats du scanner et de l’IRM ont sidéré l’équipe médicale. Les ventricules latéraux occupaient la quasi-totalité de la boîte crânienne, si bien que l’encéphale se réduisait à une fine pellicule. Le fluide avait envahi tous les lobes des deux côtés, frontaux, pariétaux, temporaux et occipitaux. D’après l’étude publiée dans The Lancet, les tests neuropsychologiques ont mesuré un QI de 75, avec un QI verbal de 84 et un QI de performance de 70. Un score inférieur à la moyenne, mais qui ne l’empêchait pas de mener une existence normale.
La plasticité cérébrale face à une destruction lente
Dès l’âge de six mois, les médecins avaient diagnostiqué chez ce patient une hydrocéphalie postnatale. Le liquide céphalorachidien s’accumulait dans les cavités du crâne. Un shunt ventriculo-auriculaire drainait l’excès vers la circulation sanguine. À quatorze ans, les chirurgiens avaient révisé le dispositif, puisque la faiblesse réapparaissait au même membre. Entre cette intervention et la consultation de 2007, le fluide avait comprimé la substance neuronale sur près de trente ans.
Cette lenteur représente la clé du phénomène. Lorsqu’une lésion progresse sur trente ans, les régions intactes de l’encéphale redistribuent leurs capacités vers les zones détruites, tandis que la plasticité cérébrale opère sans bruit. Un AVC, en revanche, ne laisse pas ce temps d’adaptation. Ici, la pression du liquide augmentait si graduellement que les neurones survivants compensaient les aptitudes des régions envahies. Le patient ne percevait aucun déclin.
Vingt-sept ans plus tôt, le pédiatre britannique John Lorber avait observé des cas similaires à l’université de Sheffield. Parmi plus de 600 scanners de patients hydrocéphales, certains individus dont le crâne ne contenait que 5 % de tissu nerveux menaient pourtant une existence ordinaire. L’un d’eux, étudiant en mathématiques, affichait un QI de 126 et avait obtenu les honneurs universitaires. Lorber avait intitulé sa présentation d’une formule restée célèbre, « Votre cerveau est-il vraiment nécessaire ? » Le cas de Marseille confirmait ainsi ses observations, avec une précision d’imagerie que les années 1980 ne permettaient pas.
La plasticité cérébrale bouscule un dogme de la neurologie
Après traitement, le fonctionnaire a retrouvé sa mobilité. Le volume de son cerveau, pour autant, n’a pas changé. Il a repris son quotidien tandis que la même mince pellicule nerveuse continuait d’assurer ses aptitudes cognitives. Les médecins de la Timone ont constaté que sa mémoire, son langage et sa coordination restaient fonctionnels.