Des funérailles préparées de leur vivant, un tombeau à 1,8 million d’euros et des traditions insolites : ce que vous ignorez des funérailles royales
Malgré cette préparation, la monarchie britannique a parfois dû faire face à des situations imprévues.
En 1952, lorsque George VI meurt dans son sommeil, sa fille Élisabeth se trouve en voyage à l’étranger. Son retour doit être organisé dans l’urgence, avec un détail auquel personne n’avait pensé : sa tenue à son arrivée. Comme le raconte Pierre De Vuyst, journaliste à Soir mag, une personne doit alors monter discrètement à bord de l’avion pour lui apporter une tenue noire. La nouvelle reine peut ainsi apparaître en deuil lorsqu’elle descend de l’appareil.
Autre situation inattendue : la mort de la princesse Diana, en 1997. Face à l’émotion suscitée par sa disparition et aux attentes de la population, la famille royale doit revoir ses plans pour organiser ses funérailles. « On s’est rabattu en urgence sur un plan de secours et on s’est inspiré de l’opération réservée pour Queen Mum, la reine mère. Et c’était la fameuse opération Tay Bridge », explique Pierre De Vuyst.
Un tombeau à 1,8 million d’euros pour le roi Harald
Les dernières volontés des souverains peuvent également donner lieu à des réalisations spectaculaires.
En Norvège, le roi Harald V avait lui-même validé le projet de sa dernière demeure : un sarcophage estimé à 1,8 million d’euros. « Ce sarcophage a été réalisé en pierre d’olivine, en vert olive, une pierre qui est vieille de 400 millions d’années », explique Pierre De Vuyst. Originaire de la région de Sunnmøre, où la reine Sonja aimait se promener, cette pierre a été choisie pour sa dimension symbolique.
Mais c’est surtout sa forme qui rappelle la personnalité du souverain. « Le sarcophage d’Harald V a été taillé en forme de bateau à coque arrondie. Cela pour rappeler l’amour de ce roi pour la mer. Il a d’ailleurs été un champion de voile en son temps », explique Pierre De Vuyst.
Le sarcophage est également orné de couronnes et de pierres précieuses vertes, des détails qui contribuent à expliquer son prix particulièrement élevé.
Un cercueil en verre imaginé par Margrethe II
Au Danemark, la reine Margrethe II a elle aussi participé à la conception de sa future sépulture. Dès 2003, elle a travaillé avec un artiste danois sur un projet assez inhabituel. « C’est un cercueil en verre. Une œuvre assez surprenante quand même, qui représente les deux époux côte à côte. On y voit la reine allongée et, à côté, le prince Henrik », décrit Bertrand Deckers.
Mais cette représentation ne correspondra pas tout à fait à la réalité. Le prince Henrik, époux de Margrethe II, avait en effet souhaité que ses cendres soient dispersées, en partie dans les eaux danoises et en partie dans les jardins de Fredensborg. La reine devrait donc reposer seule dans cette sépulture, malgré la présence symbolique de son mari dans l’œuvre.
Des objets personnels jusque dans la tombe
Certaines familles royales ont également pour tradition de placer des objets symboliques dans les cercueils ou de les disposer dessus lors des cérémonies.
Pour les funérailles du prince Philip, époux d’Élisabeth II, plusieurs objets rappelaient ainsi son parcours et ses liens avec la famille royale. « On a notamment pu voir l’épée qu’il avait reçue du roi George VI. On pouvait reconnaître aussi sa propre casquette de la Royal Navy, ainsi qu’une lettre manuscrite rédigée par la reine Élisabeth II », détaille Pierre De Vuyst.
En Belgique, le roi Baudouin avait quant à lui été enterré avec un chapelet, en référence à sa profonde foi catholique. Il portait également son uniforme militaire. « Cela nous rappelle un peu que, pour l’éternité, il restera le chef des armées », souligne Bertrand Deckers.
Mais les funérailles du souverain belge, en 1993, avaient aussi été marquées par la présence de deux invités particulièrement prestigieux : la reine Élisabeth II du Royaume-Uni et l’empereur Akihito du Japon. La venue de ce dernier était particulièrement exceptionnelle puisque, selon la tradition japonaise, l’empereur n’assiste normalement pas aux funérailles d’autres souverains. « C’est presque un cas unique dans l’histoire », explique Bertrand Deckers.
La présence d’Élisabeth II était elle aussi inhabituelle, mais elle témoignait surtout des liens étroits qui l’unissaient au roi Baudouin. « Elle nourrissait une profonde affection pour le roi Baudouin », raconte Pierre De Vuyst, journaliste à Soir mag.
Les deux souverains se connaissaient depuis longtemps et avaient accédé au trône à des périodes très proches, en 1951 pour Baudouin et en 1952 pour Élisabeth II. Ils partageaient également des liens familiaux, puisqu’ils descendaient tous deux de la dynastie des Saxe-Cobourg-Gotha.
Quand les souverains bousculent les traditions
Si le noir reste traditionnellement associé au deuil, certains membres des familles royales ont choisi de s’éloigner des conventions.
C’est notamment le cas de la princesse Juliana des Pays-Bas, décédée en 2004. Connue pour sa simplicité, l’ancienne reine avait demandé que le blanc occupe une place importante lors de ses obsèques. « Le blanc, c’est la couleur de l’espérance. Elle préférait cela à la couleur du deuil qui est plutôt en vogue d’habitude dans les familles royales », explique Pierre De Vuyst.
La cérémonie avait également été marquée par l’interprétation d’un morceau de jazz, un choix peu habituel pour des funérailles royales.
Pour Bertrand Deckers, ces détails montrent que les dernières volontés des souverains permettent parfois de découvrir une autre facette de leur personnalité. « Malgré le protocole, malgré le fait d’être né reine ou roi, il y a lors de cette cérémonie d’adieu la personnalité du souverain, sa vraie personnalité, qui refait surface. Et au moment de partir, il redevient un peu homme », conclut-il.