Critique de la BD "Les enfants perdus" : Neyef signe une immense BD
Quatre ans plus tard, Neyef revient avec Les Enfants perdus, un autre récit centré sur des adolescents en rupture avec la société. Abandonnés par leurs parents, contraints parfois de fuir leur violence. Tous se retrouvent à Limbo, substitut moderne du Pays imaginaire de Peter Pan et des enfants perdus. “Limbo, c’est partout et nulle part”, explique Neyef. On y retrouve des tours parisiennes, des cités américaines, des bateaux échoués, un parc d’attractions rongé. “On parle des personnages à travers ces décors, continue l’auteur. Ils sont en pièces mais ils tentent de se reconstruire, à leur façon, avec ce qu’ils ont autour d’eux”.
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C’est dans cet univers que tentent donc de survivre ces enfants perdus. Tous ont un passé que Neyef nous dévoile au fil des pages, par petites touches, sensibles, pudiques mais jamais aseptisées.
Les enfants perdus sans Peter Pan
“J’aime donner de l’épaisseur à mes personnages, leur construire une vie. Je tente de les comprendre avant de les immerger dans l’histoire. J’évite surtout de les juger. Quand, gamins, vous avez pris de tels coups, que vous vous retrouvez seuls, ce n’est jamais un choix, c’est toujours compliqué. Il faut parfois faire des choses peu glorieuses, voire dégueulasses, simplement pour survivre. Il faut être honnête avec la violence, ne pas la 'glamouriser'. Elle fait toujours mal à voir mais parfois elle est inévitable”, explique l’auteur qui ne peut cacher que “le déterminisme m’intéresse”.
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Ses personnages ont tous connu des traumatismes, tous ont une approche différente de la vie mais tous doivent trouver leur petite voie pour continuer à vivre. Si l’ombre de Peter Pan plane au-dessus de cette aventure, avec un capitaine Crochet aussi violent que disco et une fée Clochette, drapée dans les habits d’Yvette, une dame âgée mais capable d’offrir des moments de grâce à certains des enfants, Les enfants perdus est avant tout une création magistrale.
Neyef a un talent fou pour conter des histoires et une patte magistrale pour les mettre en scène. Chaque case est une composition. Rien n’est gratuit. Les regards de ses personnages, avec des pupilles un rien plus grandes, offrent un peu plus d’humanité aux personnages marqués dans leur chair par la douleur de l’absence et une terrible soif de vivre. Une immense bande dessinée.
Les enfants perdus, bande dessinée, Neyef, Rue de Sèvres, 200 pp.