"Cela peut vraiment détruire une famille" : l'impact du cyberharcèlement chez les ados à travers le regard d'une mère
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À qui s'adresse ce film ?
Il est autant destiné aux ados qu'à des futurs parents qui ne sont pas encore confrontés à ces situations, mais qui sont peut-être sortis il n'y a pas si longtemps de situations de cyberharcèlement. Le film peut servir à toutes les générations entre les futurs ados, les ados, les anciens ados, les futurs parents et les parents actuels.
Quels sont les mécanismes du cyberharcèlement ?
Le harcèlement existe depuis que l'école existe. Je pense qu'il ne va jamais vraiment disparaître mais la façon dont on s'intéresse désormais à ce problème a évolué. Le cyberharcèlement dans le cadre scolaire, lui, est assez nouveau parce qu'il est évidemment apparu en même temps que les téléphones portables.
À cause des réseaux sociaux, le harcèlement qui existait dans les classes ne s'arrête plus aux portes de l'école. Il accompagne les enfants jusqu'à la maison, dans leur chambre, le soir, les week-ends, quand ils sont en vacances, … il n'y a plus vraiment de pause. Avec tous les phénomènes de like et de partage, ce ne sont d'ailleurs plus uniquement les élèves de la classe qui sont impliqués, mais toute une série de gens que les ados ne connaissent même pas.
L'IA a désormais aussi son rôle à jouer. Il y a pas mal d'images intimes – créées sur base de la transformation d'une simple photo – qui tournent sur les réseaux sociaux. C'est vraiment quelque chose qui inquiète beaucoup les jeunes.
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Que peut-on faire quand son enfant est confronté à du cyberharcèlement ?
C'est la question que tous les parents se posent, mais il n'y a pas vraiment de solution miracle. Les ados le disent aussi : toute la difficulté d'être parent, c'est de pouvoir être présent sans être intrusif, sans contrôler. Les parents doivent s'intéresser à ce que leurs enfants font sur les réseaux sociaux.
La bonne réaction quand une situation de cyberharcèlement arrive, c'est de pouvoir être attentif, ouvert et disponible pour que son enfant puisse en parler. Le plus important, c'est que l'enfant ne garde pas sa souffrance pour lui, qu'il ne reste pas dans le silence. Et s'il ne veut pas en parler à un parent, il peut en parler à un autre adulte. C'est vraiment le message que le film veut faire passer. Ce que j'ai également découvert en le réalisant, c'est le sentiment de honte qu'éprouvent les jeunes victimes de harcèlement et qui est provoqué par la peur que l'adulte ne réagisse pas de la bonne manière. C'est quelque chose qu'il faut vraiment essayer de briser.
Au-delà des personnes cibles de harcèlement, il est aussi très important que les témoins parlent. Partager ou liker des vidéos, c'est aussi une façon de participer au harcèlement. Il est donc important – en tant que parents – d'éduquer nos jeunes sur ce qu'ils peuvent faire ou non sur les réseaux sociaux. Il faut aussi être vigilants à ce que nos enfants ne deviennent pas des harceleurs.
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Qu'est-ce que les écoles peuvent mettre en place à leur échelle ?
Il y a des écoles qui sont hyper avant-gardistes, et qui prennent des initiatives d'elles-mêmes sans attendre que le gouvernement mette des choses en place. Certaines ont par exemple eu l'idée d'instaurer des cellules qui permettent de donner plus de visibilité aux enfants qui vivent du cyberharcèlement, et de les aider à savoir directement vers qui ils peuvent se tourner pour faire face à ce genre de situation. Souvent, ces cellules sont constituées d'une équipe d'éducateurs et/ou de jeunes. Elles ont pour objectif de réaliser de la prévention au sein de l'école en stimulant l'empathie pour que le groupe trouve des solutions afin d'éviter qu'une personne se retrouve en situation de harcèlement. Différentes méthodes d'intervention sont également prévues dans les écoles pour éviter à tout prix la médiation. Pendant longtemps, on a fait l'erreur de confronter le harceleur avec la cible, ce qui a créé des situations très compliquées.
Quel était votre ressenti après toutes ces rencontres ? Certains points vous ont-ils particulièrement marquée ?
Chaque rencontre a été assez marquante parce qu'elles permettent de se rendre compte de façon très concrète de l'impact que le cyberharcèlement peut avoir chez les jeunes et leurs parents. Cela peut vraiment détruire une famille.
L'une d'entre elles, avec la jeune Sidjey à la clinique de l'Athanor a été particulièrement touchante. Elle s'est vraiment confiée sur tous les problèmes de harcèlement dont elle avait été victime. Ce n'était pas facile de parler de tout ça et j'ai trouvé très touchant qu'elle veuille bien le faire si ouvertement, tout en évoquant toujours cet espoir de rebondir, de retrouver de la confiance et de recréer des liens avec les autres. Son message encourage vraiment toutes les personnes qui sont ciblées par le cyberharcèlement à oser en parler.
15 % des ados francophones ciblés par du cyberharcèlement
En Fédération Wallonie-Bruxelles, on estime qu'un enfant sur trois serait impliqué dans une situation de harcèlement en tant que harceleur, victime ou témoin, selon une statistique fournie par la FWB elle-même. Mais, désormais, la problématique du harcèlement ne s'arrête plus une fois les grilles de l'école franchies. Un autre chiffre, avancé en mai 2025 par le CSEM (Conseil supérieur de l'éducation aux médias), estime que 15 % des jeunes du secondaire (entre 12 et 18 ans) disent ainsi avoir été la cible de cyberharcèlement (harcèlement en ligne) au cours de l'année écoulée.
En Belgique, le harcèlement est une infraction condamnée par l'article 442 bis du Code Pénal. Elle est définie comme suit : "Est punissable toute personne qui aura harcelé une autre personne alors qu'elle savait ou aurait dû savoir que son comportement affecterait gravement la tranquillité de la personne visée. Le harcèlement peut se manifester dans la vie privée, familiale, professionnelle ou numérique (cyberharcèlement)." La sanction consiste en une peine d'emprisonnement allant de quinze jours à deux ans et/ou à une amende de 50 à 300€.