Agronuts : la filière de la noisette belge prend racine
Par ailleurs, un voyage en Italie, où j'avais précédemment effectué un Erasmus durant mes études, m'a mis en présence d'un magazine consacré à un producteur de noisettes italien. C'est ce qui m'a d'abord interpellé, car je me suis aussitôt interrogé sur la raison pour laquelle nous n'avions pas de production semblable en Belgique."
La réponse suit aussitôt de la part de notre nuciculteur : l'absence, à la fois, de connaissances et de filière. Partant de ce constat, Benoît plante en 2020 sa première noiseraie sur un hectare, "pour tester". Puis 20 hectares et, l'année suivante, 50 hectares.
Simultanément, il crée Agronuts et fédère autour de lui d'autres agriculteurs de la région en s'engageant à un rachat de leur production à un prix minimum garanti, avec pour objectif de développer une filière locale, durable et de qualité, valorisant le terroir belge. L'équipe de départ est composée de trois ingénieurs agronomes ayant étudié à Gembloux, Louvain-la-Neuve et Huy.
Passionnés par la culture de cette nouvelle pépite de l'agriculture wallonne, ils mènent des recherches durant trois années consécutives avant que la société puisse voir le jour.
Aujourd'hui, Agronuts gère 250 hectares de noisetiers avec une production de deux à trois tonnes par hectare, soit 500 tonnes de noisettes par an. "Notre usine de 1 300 m² a intégré toute la chaîne de production, de la plantation à la récolte et à la transformation. Nos plants proviennent de notre pépinière du Piémont, mais nous avons aussi des brevets de production et de commercialisation de nouvelles variétés provenant de l'Oregon."
Où sont transplantés les jeunes noisetiers, qui mettront cinq ans avant de porter ? Essentiellement dans le Condroz, mais aussi en Gaume, dans le pays de Herve et, pour une moindre partie, en Flandre, dans la région d'Ypres, partout où le sol est profond et bénéfice d'un bon drainage, car le noisetier déteste avoir les pieds dans l'eau.
Après la récolte, direction Fosses-la-Ville où les fruits sont nettoyés, séchés, conservés en coques, puis torréfiés pour obtenir la pâte pure ainsi que le praliné dont ont besoin chocolatiers, glaciers et fabricants de biscuits. Car la noisette est une denrée précieuse.
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Jusqu'ici, 70 % des noisettes dans le monde provenaient de Turquie, où se fournissent les entreprises de transformation. "Mais", prophétise Benoît Genin, "la filière turque est destinée à se tarir pour des raisons climatiques hautement prévisibles, ainsi que par manque de mécanisation".
Il en conclut qu'à moyen terme, à l'horizon 2050, on doit s'attendre à un grave problème d'approvisionnement. Et de conclure : "Nous, chez Agronuts, serons fins prêts pour prendre la relève, avec d'autres producteurs du nord de l'Europe."