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Aerospacelab nous a ouvert les portes de sa "megafactory" : "J'aurais eu du mal à trouver mieux que le site de Marcinelle"

Technologie

Située au croisement des avenues Paul Pastur et Emile Rousseaux, l'usine a des allures de vaisseau spatial de forme ovoïde. Le bâtiment de 14 mètres de haut et 160 de longueur, en cours de finition lors de notre visite à la mi-octobre, est entièrement recouvert de plaques ondulées en inox. Les 20 000 m² de cette usine futuriste ont trouvé refuge sur l'ancien site des Ateliers de constructions électriques de Charleroi (Acec), dont le démantèlement remonte à la fin des années 1980.

À l'intérieur du bâtiment réparti sur trois niveaux, les différents corps de métier mettent la dernière main à un chantier mené tambour battant. "On n'a pas traîné", admet Benoît Deper, la mine satisfaite. Le premier coup de pelleteuse a été donné en mai 2024, deux ans après l'acquisition du terrain par Sambrinvest. L'inauguration est prévue le 24 novembre prochain.

Ingénieur surdoué et visionnaire, le jeune patron d'Aerospacelab nous a ouvert les portes de sa "megafactory". "Le déménagement est programmé à partir de janvier. On a prévu une phase de transition pour permettre aux équipes de prendre possession des lieux et des équipements. La mise en route de l'usine se fera progressivement", explique Benoît Deper, casque de chantier sur la tête et gilet jaune sur les épaules. En rythme de croisière, l'usine de Marcinelle aura la capacité de fabriquer 500 satellites par an !

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Le choix de Marcinelle

Lorsqu'on demande à Benoît Deper, premier actionnaire d'Aerospacelab avec 26,6 % du capital, pourquoi il a jeté son dévolu sur un terrain vague à cheval entre une zone industrielle et un quartier populaire du sud de Charleroi, sa réponse a de quoi surprendre : "J'aurais eu du mal à trouver mieux".

Depuis la création d'Aerospacelab en 2018, c'est du côté de Mont-Saint-Guibert et de Louvain-la-Neuve que la scale-up s'est développée. L'entreprise dispose notamment d'une unité de production de 2000 m2 au Centre d'innovation Monnet du parc scientifique de la cité universitaire. "On a envisagé de construire la megafactory à Louvain-la-Neuve, mais il y avait trop de contraintes pour ce type de projet industriel."

Deux éléments ont poussé la pépite technologique du Brabant wallon à mettre le cap sur Charleroi : la localisation et le soutien des autorités locales. "Nous cherchions un terrain suffisamment vaste, déjà affecté à l'industrie, doté d'accès logistiques et avec une puissance électrique suffisante." Le terrain vague de l'ancien site des Acec, proche de la gare de Charleroi, s'est rapidement imposé. Sambrinvest, le puissant outil de financement carolo (rebaptisé "Carbon" depuis quelques jours), a sauté sur l'occasion pour dérouler le tapis rouge au projet de Benoît Deper. "On a été très bien accueilli, avec une envie et une énergie incroyables." L'Invest, qui a vu le potentiel de la "megafactory" en termes de vitrine du renouveau carolo et d'activité économique, n'a pas hésité à injecter plusieurs millions d'euros dans le projet (achat du terrain et financement du bâtiment).

La "megafactory" a été dimensionnée pour accueillir 500 personnes. Compte tenu du rythme actuel des embauches (Aerospacelab recrute plus de 30 personnes par mois), le site de Marcinelle ne suffira toutefois pas à accueillir tout le monde. "Nous devrions être environ 600 d'ici la fin de l'année et plus de 1250 à la fin 2027, avance Benoît Deper. Nous avons donc décidé de garder notre unité de production de Louvain-la-Neuve, que nous avons déjà agrandie. Nous disposons aussi de bureaux à Toulouse et à Lausanne, et d'une unité de production à Los Angeles."

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Salles blanches, le cœur du réacteur

Il est peu de dire qu'on n'entre pas dans la "megafactory" comme dans un moulin ! Le site est placé sous haute surveillance et l'entreprise a créé sa propre équipe de sécurité pour veiller au grain. Une fois à l'intérieur, le parcours des visiteurs est strictement balisé. Un long couloir vitré, placé à mi-étage, permet aux clients et aux prospects d'Aerospacelab de découvrir les 7 000 m² du rez-de-chaussée de l'usine. L'énorme hall se compose de 4 000 m² de salles blanches, de 3 000 m² d'espaces de production et de tests, ainsi que d'une zone de stockage pour tous les matériaux et les composants nécessaires pour la fabrication en série de plateformes satellitaires.

Les salles blanches, de 8 mètres de hauteur, constituent le cœur du réacteur de la "megafactory" de Marcinelle. "Elles ont une triple fonction : assembler, intégrer et tester", détaille le CEO d'Aerospacelab. Ces différentes phases doivent se faire dans un environnement où la poussière, les particules et les contaminations sont strictement contrôlées. Filtration de l'air, tenues et protocoles spécifiques, contrôle de la température et de l'humidité… L'usine ressemble davantage à un laboratoire pharmaceutique qu'à une chaîne de montage industrielle. "Une particule microscopique sur un satellite, c'est comme un doigt sur l'objectif d'une caméra."

Le deuxième étage offre un environnement radicalement différent. Organisé autour de quatre grands puits de lumière, on y trouve un open space pouvant accueillir jusqu'à 400 postes de travail, des salles de réunion, un espace de restauration (cuisine et self-service), une salle de détente (avec consoles de jeux) et un accès vers une terrasse extérieure qui, par beau temps, promet de devenir "the place to be" pour les employés d'Aerospacelab !

Stratégie multisites et de rachats

Si Marcinelle va devenir le centre névralgique d'Aerospacelab, les activités de l'entreprise sont appelées à s'étendre sur plusieurs sites. "Nous étudions des pistes pour des implantations en France et en Allemagne. Mais aucune décision n'a encore été prise. Cela dépendra des besoins industriels et du foncier disponible". Une autre unité de production pourrait aussi voir le jour en Wallonie en vue de la fabrication de satellites plus volumineux.

La croissance d'Aerospacelab passera aussi par des acquisitions. Une première a eu lieu en avril 2024 avec le rachat d'Amos, entreprise liégeoise spécialisée dans les technologies optiques pour les applications spatiales et terrestres. Le fondateur et CEO d'Aerospacelab dit avoir "entre cinq et dix cibles" dans son viseur. Des cibles à la fois belges et européennes. "L'intérêt des acquisitions est à la fois technologique, commercial et géographique : elles peuvent nous apporter des briques technologiques nécessaires à la fabrication et aux activités spatiales (qu'il s'agisse de composants, de technologies ou de logiciels, NdlR), mais aussi intégrer des compétences rares et aider à accéder à des marchés où une présence locale est utile."

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Dans l'immédiat, la priorité d'Aerospacelab est de se mettre en ordre de bataille pour satisfaire le méga contrat européen de 2,4 milliards d'euros décroché en août, au nez et à la barbe du géant Airbus, pour fabriquer 264 des 348 satellites de la future constellation de satellites Iris² d'ici à 2030. Depuis l'annonce de ce contrat conclu avec la Commission européenne et Eutelsat, Aerospacelab a engrangé de nouvelles commandes pour "plusieurs centaines" de millions d'euros. "Notre carnet de commandes se rapproche de 3,4 milliards", précise Benoît Deper, ajoutant que l'entreprise annoncera très prochainement la signature d'un contrat avec un opérateur privé dans le cadre d'une mission de "souveraineté européenne".

Encore relativement modeste jusqu'en 2024, le chiffre d'affaires consolidé d'Aerospacelab suit, depuis l'an dernier, une courbe exponentielle. "Nous doublons, au minimum, chaque année", se contente de dire M. Deper. Une nouvelle levée de fonds – la quatrième en huit ans – est en cours en vue de "soutenir la continuité de la R & D, des investissements technologiques et la croissance inorganique de l'entreprise."

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