à Yellowstone, en 1988, ce qui a fini par éteindre les flammes tenait en moins d'un centimètre
Seize ans de feux laissés libres, puis un été hors norme
Le 11 septembre 1988, une chute de neige de 0,64 cm a stoppé l’avancée des flammes à Yellowstone, là où des milliers de pompiers n’y étaient pas parvenus. Jusqu’à 9 000 d’entre eux travaillaient en même temps sur le terrain. Quand le front a cessé de progresser, 36 % de la superficie du parc avaient été touchés.
Au total, plus de 25 000 pompiers et militaires ont été engagés pour environ 120 millions de dollars, ce qui constituait alors le plus grand effort de lutte contre le feu de l’histoire des États-Unis. Le chiffre de 9 000 désigne un maximum atteint au même moment, pas un cumul, et la mobilisation totale a donc dépassé de loin ce pic.
Depuis 1972, Yellowstone applique une règle qui surprend encore : certains feux allumés par la foudre sont laissés libres de brûler. Entre 1972 et 1987, 235 feux naturels ont ainsi eu le droit de courir, pour 33 759 acres au total, soit environ 13 700 ha en seize ans. Arrive l’été 1988, d’une sécheresse exceptionnelle. Au 15 juillet, 18 307 acres avaient déjà brûlé dans l’ensemble de la région.
Rapportée à chaque feu, cette période reste modeste : 235 feux pour 33 759 acres donnent en moyenne 144 acres, soit environ 58 ha, une surface comparable à 80 terrains de football. C’était le régime ordinaire de la règle de 1972, celui d’avant l’été 1988.
En 1988, la région compte 248 feux, dont 45 dans le parc.
L’écart d’échelle est brutal. Pendant seize ans, les 235 feux laissés libres avaient brûlé 33 759 acres. Le seul été 1988 en a touché 793 880 dans le parc, soit plus de 23 fois plus, tous feux confondus et pas seulement ceux laissés libres.
Parmi les feux de cette saison, 25 seulement avaient d’abord été laissés libres, dont 22 dans le parc. Cela fait environ 1 feu sur 10 pour la région, mais presque la moitié pour le parc.
Les deux totaux ne se comparent qu’avec précaution, puisque les périmètres diffèrent. L’ordre de grandeur, lui, frappe : 235 feux naturels en seize ans d’un côté, 248 feux en une seule saison de l’autre. Le changement d’échelle tient autant au nombre de départs qu’aux conditions de l’été. Même la règle de 1972, appliquée avec constance, n’avait jamais produit un tel bilan.
21 juillet 1988 : l’ordre d’éteindre tous les feux
Le 21 juillet 1988, les responsables du parc changent de cap. Tous les feux seront désormais combattus, naturels compris, dans la limite des effectifs. À cette date, environ 17 000 acres, soit près de 6 900 ha, brûlent dans le parc.
Sept jours plus tard, les feux couvraient près de 99 000 acres.
La surface en feu avait été multipliée par près de 6 en une semaine, passant d’environ 6 900 à près de 40 000 ha. Cette flambée survient alors que l’ordre d’attaque générale vient d’être donné, avec des effectifs comptés. Les 99 000 acres du parc dépassaient déjà de plus de 5 fois le total régional du 15 juillet, soit 18 307 acres.
Entre le 21 juillet et le 11 septembre, il s’écoule 52 jours. Un calcul grossier, qui rapporte à cette période les quelque 777 000 acres gagnés depuis l’ordre d’éteindre, donne près de 15 000 acres par jour : environ 6 000 ha quotidiens, soit plus de la moitié de la superficie de Paris intra-muros (environ 10 500 ha), chaque jour, pendant sept semaines.
Un quart de pouce contre 9 000 pompiers
Le 11 septembre 1988, un quart de pouce de neige, soit 0,64 cm, tombe et stoppe l’avancée des flammes. Ni les 9 000 pompiers présents au plus fort de la lutte ni les 120 millions de dollars dépensés n’avaient produit cet effet. La formulation compte : la neige a stoppé l’avancée du feu, elle ne l’a pas éteint. Le front cesse de progresser plus de sept semaines après l’ordre du 21 juillet.
Une couche aussi mince peut surprendre. Elle humidifie pourtant les combustibles de surface et refroidit l’air, deux freins à la propagation.
En novembre, des braises couvaient encore, après 5 pouces de neige (environ 13 cm).
Cette neige de novembre représentait 20 fois l’épaisseur de celle du 11 septembre. L’épaisseur compterait donc moins que le moment où la neige tombe.
Rapporté aux 793 880 acres touchés dans le parc, le coût de la lutte représente environ 150 dollars par acre. L’ordre de grandeur suffit, puisque la facture couvre aussi des feux situés hors du parc. Quant à la neige du 11 septembre, elle n’a rien coûté.
Un parc brûlé en mosaïque
Le parc couvre 2 221 800 acres. Le feu en a touché 793 880, environ 321 300 ha, soit 36 % de la superficie. C’est plus de 30 fois Paris intra-muros, ou l’équivalent d’un carré d’environ 57 km de côté. Le feu n’a pas brûlé de manière uniforme mais en mosaïque : des zones entièrement brûlées, des zones à moitié brûlées, des zones restées intactes.
Près des deux tiers du parc n’ont pas été touchés.
Cela représente 1 427 920 acres épargnés, environ 577 900 ha. Entre les zones brûlées et les zones intactes, celles à moitié brûlées dessinent une transition progressive plutôt qu’une frontière nette. Vu du ciel, le parc devait ressembler à un patchwork plutôt qu’à une étendue noire.
Un dernier réflexe de lecture concerne le périmètre. Les 793 880 acres et le 36 % ne valent que pour l’intérieur du parc, alors que les 18 307 acres du 15 juillet englobaient toute la région.
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