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À Nantes, Fanny Pocholle fait du burn-out un objectif de carrière

Santé

Du 3 au 7 novembre 2026, Fanny Pocholle retrouve la Compagnie du Café-Théâtre avec « Comment bien réussir son burn-out ? ». Son troisième spectacle retourne contre le monde du travail les recettes du développement personnel. Mais derrière la promesse absurde d’un épuisement réussi, que raconte cette nouvelle façon de rire de nos métiers ?

Faites de votre fatigue un projet. Transformez la surcharge en opportunité. Et puisque le bonheur parfait vous échappe, pourquoi ne pas viser un épuisement professionnel exemplaire ? Le titre de Fanny Pocholle, Comment bien réussir son burn-out ?, ressemble à la dernière trouvaille d’un rayon de développement personnel où l’on aurait malencontreusement inversé les conseils. La plaisanterie est assez précise pour devenir inquiétante : à force de devoir tout réussir, on pourrait bientôt nous demander de réussir aussi notre effondrement.

Du mardi 3 au samedi 7 novembre 2026, l’humoriste présente ce troisième spectacle à la Compagnie du Café-Théâtre, rue des Carmélites, à Nantes. La ville n’est pas un simple point sur sa tournée. Dans un entretien accordé à Théâtres et Spectacles de Paris, Fanny Pocholle racontait avoir joué son premier one-woman-show, à douze ans, précisément sur cette scène. Elle y a également été élève de l’école d’humour. Ses retrouvailles avec le lieu ont quelque chose d’un retour aux premières armes, mais le sujet, lui, a perdu toute innocence.

Quand le développement personnel parle la langue du management

L’argument du spectacle est simple et cruel. Les livres de recettes promettent une vie accomplie ; Fanny Pocholle propose de viser, avec le même enthousiasme, un burn-out parfait. Selon la présentation du Festival Off d’Avignon, sa satire s’attaque au management toxique, à la fausse bienveillance, aux séances de team building et jusqu’aux groupes WhatsApp d’entreprise. Un inventaire qui sent la réunion imposée, le sourire professionnel et cette familiarité numérique dont il est parfois impossible de se déconnecter.

Ce sont les accessoires d’une comédie contemporaine bien identifiable. Il ne suffit plus de travailler : il faut montrer son engagement, cultiver sa « positivité », s’adapter, optimiser son sommeil et gérer son stress. La difficulté collective peut alors changer de nom et devenir une insuffisance personnelle. Si l’on s’épuise, ne serait-ce pas qu’on a mal organisé son agenda, insuffisamment respiré ou négligé son équilibre intérieur ? La mécanique comique naît de ce renversement. Elle pointe aussi une impasse politique : demander à chacun de se réparer sans toucher à ce qui l’abîme.

Rire du burn-out, sans faire du malade la cible

La distinction n’est pas secondaire. L’Organisation mondiale de la santé décrit le burn-out, dans la classification internationale des maladies CIM-11, comme un phénomène lié au contexte professionnel, résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été maîtrisé. Elle ne le classe pas en tant que maladie autonome. L’épuisement, la mise à distance cynique du travail et la diminution du sentiment d’efficacité en sont les trois dimensions caractéristiques. Ce n’est ni un simple coup de fatigue ni un caprice de salarié trop sensible.

L’Institut national de recherche et de sécurité rappelle notamment le rôle de la surcharge, de la pression temporelle, du faible pouvoir de décision, du manque de soutien, des injustices au travail et de l’insécurité professionnelle. Autrement dit, la prévention ne peut pas se réduire à un atelier de relaxation distribué après une réunion de trop. Elle engage l’organisation même de l’activité.

Le sujet n’est d’ailleurs pas extérieur à la trajectoire de l’artiste. Dans la présentation d’un échange diffusé en mars 2025, l’humoriste Yvain Yvain évoquait le burn-out qu’aurait traversé Fanny Pocholle. L’humour prend alors une autre couleur. On n’est plus dans la plaisanterie sur les personnes qui craquent, mais dans la possibilité de tourner en ridicule les discours et les comportements qui contribuent à les conduire au bord de la rupture.

Tous épuisés ? Les chiffres empêchent les slogans

On aurait tort, néanmoins, de transformer une satire juste en diagnostic uniforme sur l’état du salariat. Une étude de la Dares publiée le 9 septembre 2026 constate une baisse de l’intensité du travail entre 2016 et 2024, inédite depuis le début des mesures. La proportion de salariés exposés à au moins trois contraintes de rythme est passée de 43 % à 38 %. Mais l’amélioration ne bénéficie guère aux employés peu qualifiés, dont certaines contraintes progressent et dont l’autonomie recule. Les femmes restent davantage exposées que les hommes à certaines formes de pression temporelle et de surcharge.

Les troubles liés au travail ne disparaissent donc pas sous prétexte que quelques indicateurs globaux s’améliorent. Dans son dispositif de surveillance des maladies à caractère professionnel, Santé publique France relève en 2024 une souffrance psychique signalée chez 5,4 % des femmes et 2,7 % des hommes examinés. Ces pourcentages décrivent les salariés vus dans les quinzaines de surveillance participantes, et non la fréquence du burn-out dans toute la population. Ils rappellent surtout que l’expérience du travail ne se laisse pas enfermer dans une formule générationnelle.

C’est peut-être là que le spectacle devient plus intéressant qu’un simple numéro contre les chefs. Le discours de l’épanouissement au travail prospère sur une contradiction. Il promet l’autonomie, mais peut transformer le moindre malaise en devoir supplémentaire de se perfectionner. Les mots changent — bienveillance, résilience, qualité de vie — sans que la charge, l’autorité ou le temps disponible changent nécessairement avec eux. La satire, quand elle vise juste, retire à ces mots leur vernis rassurant.

À Nantes, une salle retrouvée et cinq soirées pour en rire

De retour là où elle découvrit très jeune la scène, Fanny Pocholle ne propose pas une consultation de santé au travail. Elle joue avec le langage qui rendrait presque désirable ce dont chacun devrait pouvoir se protéger. Et pose, à sa façon, une question moins légère qu’il n’y paraît : à qui profite l’idée que, pour aller mieux au travail, il faudrait d’abord devenir une meilleure version de soi-même ?

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