à Gizeh, la pyramide de Khéops n'a pas le nombre de faces que l'on croit
Quatre faces. C’est le nombre que tout le monde connaît, celui qu’on apprend à l’école en regardant une photo de Gizeh. Et pourtant, ce chiffre est faux, ou du moins incomplet. La pyramide de Khéops possède en réalité huit faces, légèrement incurvées vers l’intérieur, un détail que seul un regard venu du ciel permet de saisir pleinement. Derrière cette géométrie surprenante se cache une prouesse technique qui continue d’interroger les spécialistes, presque cinq millénaires après la construction du monument.
Le secret caché dans la pierre depuis 4 500 ans
Avec ses 146 mètres de hauteur d’origine et ses 2,3 millions de blocs de pierre, la pyramide de Khéops n’a jamais vraiment fini de livrer ses secrets. Depuis le début du XIXe siècle, des observateurs attentifs ont remarqué que chaque face du monument n’est pas parfaitement plane. Elle se creuse légèrement en son milieu, comme si la pierre avait été pliée vers l’intérieur sur toute sa hauteur.
Ce phénomène, appelé concavité, transforme discrètement chaque face en deux pans distincts. Mathématiquement, cela revient à doubler le nombre de surfaces visibles. Quatre faces principales, mais huit segments au total, à peine perceptibles depuis le sol.
Les mesures réalisées par l’égyptologue William Matthew Flinders Petrie à la fin du XIXe siècle avaient déjà attiré l’attention sur cette particularité. Mais le sujet reste débattu aujourd’hui encore : les faces ne sont ni parfaitement concaves, ni pliées exactement au centre, et une partie de cette irrégularité pourrait aussi s’expliquer par la dégradation du parement d’origine au fil des siècles.
Pourquoi les photographes du ciel ont percé le mystère en premier
Depuis le sol, la concavité des faces de Khéops est quasiment invisible à l’œil nu. L’angle d’observation est trop faible, la distance trop courte pour percevoir ce léger renfoncement qui s’étire sur plus de 230 mètres de côté. Il a fallu attendre la démocratisation de la photographie aérienne pour que le phénomène devienne flagrant.
Vu depuis les airs, et dans certaines conditions de lumière précises, l’effet devient saisissant. Les huit faces apparaissent alors distinctement, séparées par une ligne d’ombre qui marque le pli de chaque côté. Cette visibilité serait particulièrement marquée lors des équinoxes, lorsque la position du soleil accentue les contrastes sur la pierre.
Il faut toutefois rester prudent sur ce dernier point. L’idée d’une visibilité limitée aux seuls équinoxes circule largement sur internet, relayée notamment par un article publié en 2023 dans la revue Archaeological Discovery. Cette hypothèse n’a cependant pas été confirmée par une institution égyptologique de référence, et mérite d’être considérée avec les réserves qui s’imposent.
Une prouesse mathématique que les égyptologues peinent encore à expliquer
Reproduire une telle précision avec les outils de l’Égypte antique relève presque du défi d’ingénieur moderne. Un relevé topographique mené en 2015 par l’ingénieur Glen Dash et l’égyptologue Mark Lehner a permis d’identifier 84 points le long des bords d’origine de la pyramide, malgré le fait que ces points ne couvrent que 17 % du périmètre total de la pyramide.
Ces mesures ont révélé que la base n’est pas parfaitement carrée. Le côté ouest dépasse le côté est d’environ 14,1 centimètres, un écart infime rapporté à une longueur moyenne de 230,4 mètres par côté. Autrement dit, les bâtisseurs ont atteint une précision proche du millimètre par mètre construit, sans les instruments de mesure modernes.
Cette rigueur géométrique s’accompagne d’autres découvertes qui continuent d’alimenter les recherches sur le monument. La mission ScanPyramids a ainsi confirmé en mars 2023, par endoscopie, l’existence d’un couloir dissimulé derrière les chevrons de la face nord, baptisé North Face Corridor. Ce couloir, d’un volume d’environ 35 mètres cubes, avait d’abord été repéré par muographie entre 2016 et 2017, une technique qui utilise les particules cosmiques pour détecter des cavités invisibles dans la pierre.
L’étude publiée le 2 mars 2023 dans la revue Nature Communications décrit une structure d’au moins cinq mètres de long, tandis que le ministre égyptien du Tourisme Ahmed Issa évoquait, lors de l’annonce officielle sur le site de Gizeh, un couloir à plafond triangulaire long de neuf mètres. Les analyses montrent que cette cavité s’aligne avec d’autres structures connues à quelques centimètres près, ce qui suggère qu’elle fait partie du plan architectural d’origine, et non d’un creusement tardif.
Cette découverte s’inscrit dans la continuité des travaux de ScanPyramids, qui avait déjà révélé en novembre 2017 l’existence d’une cavité bien plus vaste, d’une trentaine de mètres de long, surnommée ScanPyramids Big Void. Chaque nouvelle cavité identifiée rappelle à quel point la pyramide de Khéops demeure un monument encore partiellement cartographié, malgré des millénaires d’observation.
Entre géométrie subtile et cavités secrètes, la pyramide de Khéops continue de résister à une lecture complète et définitive. Ses huit faces légèrement concaves, visibles surtout depuis le ciel, rappellent que les bâtisseurs de l’Égypte ancienne maîtrisaient des notions de précision qui dépassent souvent nos intuitions. Et tant que de nouvelles technologies comme la muographie continueront de sonder ses entrailles, il y a fort à parier que ce monument n’a pas fini de surprendre les chercheurs.